Jamais association n’avait soulevé pareille opposition à Joinville. Nichée au pied de l’église Saint-Charles, en plein cœur de la ville, l’association Arapej a élu domicile au mois de novembre. La dizaine d’employés y travaillent à réinsérer une cinquantaine d’anciens détenus, hébergés à Créteil, Vitry-sur-Seine et Choisy-le-Roi.
Face aux préfabriqués blancs, des lycéens sortent d’un établissement privé.

Quelques mètres séparent ces locaux et les adolescents. « Trois mètres », précise le député-maire (UMP), Olivier Dosne. Très mécontent de ne pas avoir été prévenu de cette installation, l’élu multiplie les démarches depuis des mois afin de voir partir l’association. Dès novembre, le parlementaire avait soumis une question au ministère de la Justice demandant « la reconsidération de cette implantation totalement inopportune, voire dangereuse, à côté d’un établissement scolaire ».

Question retirée avant d’être posée et remplacée par une autre version écrite, plus policée, publiée le 10 janvier. « Je ne remets pas en cause la légitimité d’Arapej. Je pense seulement que l’on doit appliquer un principe de consultation. » Du côté de l’association, la directrice, Françoise Mertz, reconnaît « n’être jamais passée par le maire. Mais, d’un point de vue légal, nous n’avions aucune obligation de le faire. Et nous avons sollicité la mairie ensuite pour présenter notre activité. »

Les anciens détenus ou bénéficiaires d’une remise de peine fréquentent ponctuellement le siège départemental d’Arapej : ils viennent y chercher leur courrier, ont des rendez-vous avec leurs référents, utilisent les ordinateurs mis à leur disposition. « Ce sont des personnes isolées et en grande précarité qui nous sont, en majorité, envoyées par le service pénitentiaire d’insertion et de probation. Bien sûr qu’ils ne nous adressent pas de violeurs multirécidivistes! Et il nous arrive aussi de refuser certains profils. »

Depuis des mois, les échanges se multiplient entre la municipalité, l’association et le diocèse, qui possède les locaux, sous l’égide de la préfecture. La teneur de ces échanges? « J’ai dit à l’évêque mon souhait de voir Arapej quitter Joinville », relate le député-maire. « Comme il veut nous faire partir le plus vite possible, il estime que tous nos usagers sont des pédophiles en puissance qui vont poser des problèmes », précise la directrice du site. « Nous cherchons une solution qui convienne à tout le monde », tempère Gérard Vauléon, secrétaire général de l’évêché, qui dit avoir accueilli « favorablement mais avec vigilance » cette association.

En attendant, les travailleurs sociaux continuent leur mission « avec un sentiment de rejet et de discrimination, précise Françoise Mertz. Ce que cette histoire interroge, c’est la place que la société accorde à ceux qui ont commis des crimes ou des délits et qui ont payé leur dette. »

Le Parisien
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