Dans une interview au quotidien Ouest-France, Christian Prouteau, le créateur du GIGN, a vivement critiqué la manière dont le Raid a mené la négociation et l’assaut contre Mohamed Merah, n’y allant pas par quatre chemins : “Il fallait le bourrer de gaz lacrymogènes. Il n’aurait pas tenu cinq minutes. Au lieu de ça, ils ont balancé des grenades à tour de bras. Résultat : ça a mis le forcené dans un état psychologique qui l’a incité à continuer sa guerre. D’autant qu’il avait prévenu qu’il irait jusqu’au bout, qu’il finirait avec les armes. (…) En fait, je pense que cette opération a été menée sans schéma tactique précis. C’est bien là le problème.” Bruno Pomart, un ancien instructeur opérationnel du Raid, a passé onze ans dans cette unité. Il réagit aux propos de l’ancien préfet Christian Prouteau.

Le Point.fr : Que pensez-vous des critiques formulées par Christian Prouteau à l’encontre du Raid ?

Bruno Pomart : C’est absolument scandaleux ! Ces propos sont affligeants. Quand on n’est pas sur le terrain, il faut s’abstenir de parler. Sur quoi Prouteau se base-t-il pour émettre ses critiques ? Par ce qu’il a vu à la télévision ? Une intervention a dû s’organiser, avec pour objet principal d’interpeller un homme (Mohamed Merah, NDLR) vivant. Prouteau dénonce la méthode, mais tout ce qu’il dit est faux. L’intervention n’a pas été particulièrement longue : la prise d’otages en 1993 à Neuilly, par exemple, avait duré plus de quarante heures. Quant à l’idée de gazage extrême, il faut rappeler à ce monsieur qu’il existe en France des lois sur les armes létales ! Sans compter que les gaz en saturation extrême peuvent aussi entraîner la mort. Ces propos sont d’autant plus inacceptables lorsqu’on fait le bilan de l’opération : il y a cinq blessés chez nous. Nos hommes ont tout fait pour sortir l’homme vivant. Ils passent des années à risquer leur vie, et on les critique ! C’est une honte !

Que cherche Christian Prouteau en critiquant le Raid de la sorte ? Qu’a-t-il à gagner ?

Je ne sais pas. Éprouve-t-il un manque de reconnaissance ? À moins que ce ne soient ses ambitions politiques ? C’était un proche de François Mitterrand ; peut-être aspire-t-il à un rôle dans un prochain gouvernement potentiel ? En tapant sur le Raid, on cherche à taper sur le ministre de l’Intérieur, même si les deux entités sont désormais réunies au sein de la Force d’intervention de la police nationale (FIPN). C’est tout à fait scandaleux de donner une tournure politique à ces événements.

Pourquoi les actuels responsables du GIGN ne réagissent-ils pas aux propos de Prouteau ?

Ils ne peuvent rien dire. Mais même sans leur droit de réserve, je suis sûr qu’ils ne jugeraient pas l’intervention. Ils savent que ce dénouement est arrivé, car l’homme est allé au bout de sa démarche. Sa mort était inévitable. Les hommes du Raid respectent les lois de la République. En 1989, deux policiers du Raid sont morts à Ris-Orangis, dans l’Essonne, alors que le forcené, lui, s’en est sorti vivant. En mémoire de tout ce qui s’est passé au sein de notre unité, ce que dit Prouteau est proprement scandaleux.

Existe-t-il une rivalité entre Raid et GIGN ?

Non. Il y a une cohésion de groupe au sein de la FIPN. J’ai passé onze ans au sein du Raid. Des copains sont morts. Jamais on n’a critiqué une intervention du GIGN, jamais on n’a porté de jugement sur leurs actions. C’est nous qui sommes sur le terrain, au service de la République. Pas Prouteau.

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