« Intervention de routine. » par Marc LOUBOUTIN

Intervention de routine.
Une liste des missions pour la nuit.
Une patrouille pour passer au domicile d’un suspect de vol.
Routine.
Les deux femmes ont l’habitude. C’est leur métier. Celui qu’elles ont choisi, sous l’uniforme de la gendarmerie.
De quoi ont elles parlé dans la voiture ?
Des vacances qui approchaient ? Des enfants qui grandissaient ? Des projets avec leurs hommes ?
Routine.
On est pas dans un film, juste dans le quotidien d’une mission de sécurité publique.
Message radio pour quitter l’écoute.
Ont elles ri comme cela arrive souvent d’une blague éculée en quittant leur véhicule ?
Routine quotidienne.
Toujours.
Explosion de violence subite, incontrôlable, imprévisible. .
Celle que seuls les femmes et hommes en bleus connaissent.
Celle dont les penseurs, les titres en “ogue” : sociologues, criminologues et j’en passe, les procureurs, les journalistes, les commentateurs de comptoir, les responsables politiques, se sentent autorisés à débattre sans fin le cul posé dans le confort sans en connaître la moindre miette.
Celle qui fait mal, qui hurle, qui cogne.
Celle de la douleur, de l’odeur de la poudre qui suit une détonation qui rend sourd, juste avant la tiédeur du parfum du sang.
Celle d’un corps resté au sol dans une flaque rouge qui s’élargit.
Celle, ensuite, de la panique, animale, aigre et glaçante. Tout le monde à peur dans ces cas là, hommes, femmes, malgré l’uniforme, malgré l’expérience, malgré la force.
Celle d’essayer de fuir la sauvagerie alors…
Celle d’une deuxième exécution barbare dans le noir sur la place d’un village d’ordinaire baigné de bonheur simple et ensoleillé
Il fait jour.
Dans toute la France ce matin la routine a repris pour les policiers et gendarmes.
Cela plaisante moins. Les patrouilles sont tristes.
Elles savent encore plus que chaque jour, les interventions les plus banales peuvent tuer par surprise.
Sous chaque tenue bleue il y a des pincements de coeur parce que deux gendarmes sont mortes assassinées la nuit dernière.
“Victimes du devoir” selon le terme consacré des discours trop entendus, toujours désespérants de similitude, de lieux communs.
Un “devoir” abreuvé injustement de la vie de deux jeunes femmes cette nuit.
Elles nous manquent à tous, même sans les avoir connues, parce que c’est la même passion qui fait battre nos veines.
Si elles pouvaient manquer autant à l’ensemble des citoyens cela paierait un peu leur sacrifice à sa vraie valeur.
Car c’est avant tout pour eux qu’elles se sont battues. Et qu’elles sont tombées…
Adieu Camarades. Dans la douloureuse liste de nos martyrs vous resterez dans nos pensées.

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