« Le Refus d’obtempĂ©rer

Sous ce nom se cache à la fois une infraction pénale, le délit prévu par les articles L. 233-1 et suivants du code de la route, et une sinistre et fréquente réalité.

Pour mon associée et moi, le refus d’obtempérer se décline en deux situations distinctes :D’une part, il y a les policiers victimes de percussions : blessés dans leur chair et dans leur âme, définitivement marqués, ou tués par ces fous du volant, sur un bout de bitume sordide. Nous les soutenons du mieux que nous pouvons mais nous sommes témoins de leur terrible souffrance, quotidienne.

D’autre part, il y a les policiers poursuivis pour avoir ouvert le feu dans ces situations : Soit pour violences avec arme, même s’ils n’ont touché personne, soit pour violences ayant entrainé la mort sans intention de la donner, soit encore pour homicide volontaire. Eux aussi nous les soutenons, toujours, mais nous pouvons vous dire combien sont fortes leur colère et leur incompréhension.

Dans toutes ces affaires, nous sommes toujours frappés par la stupidité de ces conducteurs et par les risques considérables qu’ils prennent pour échapper à un contrôle de police, allant jusqu’à risquer la vie des policiers, la leur et celles de leurs passagers parce qu’ils conduisent sans permis, alcoolisés, sans assurance ou qu’ils veulent épater la galerie. Ils sont prêts à tuer pour rien…Quand on les retrouve aux reconstitutions, chez le juge d’instruction ou devant les cours d’assises ce sont toujours les mêmes individus sans envergure, sans courage, souvent très jeunes, imbéciles pour la plupart, et toujours les mêmes mots d’excuse prononcés pour tenter de se sauver eux-mêmes d’une situation dans laquelle eux seuls se sont mis.

Quand ils sont atteints par des balles policières et en survivent, ils crient à l’injustice et poursuivent les membres des forces de l’ordre jusqu’au bout, pendant des années, allant jusqu’à la cour de cassation pour tenter d’obtenir la condamnation de celui qui s’est trouvé sur leur route et a dû faire usage de son arme pour survivre à leur comportement de dingue.

Après des centaines de dossiers de ce type je peux vous partager mon expérience : D’abord ces débiles sont prêts à tout, y compris à percuter volontairement le policier ou le gendarme qui se mettra sur leur route. Ne pensez pas une seconde qu’ils auront la moindre retenue, la moindre conscience. Ils vous rouleront dessus en rigolant…Ensuite ces situations sont extrêmement rapides, de l’ordre de quelques secondes. Il est humainement impossible de se soustraire à une percussion si on a le mauvais placement ou si on n’a pas anticipé que le conducteur n’allait pas s’arrêter.

Je peux vous dire aussi que les tirs sur les véhicules ne servent à rien. Au mieux vous dégonflerez un pneu. Nous venons de faire la reconstitution d’une percussion volontaire au cours de laquelle le conducteur a fait des kilomètres après avoir perdu un pneu, et a écrasé le policier avec la jante de son véhicule après l’avoir projeté sur une vingtaine de mètres.

Tirer sur le conducteur est la seule solution pour empêcher un véhicule de progresser, mais l’usage d’une arme létale ne se conçoit que s’il est absolument indispensable à sauvegarder une vie humaine. Il faudra pouvoir le prouver et le faire entendre aux personnes qui vous jugeront. Il faudra aussi vivre avec. Ce n’est pas anodin d’ouvrir le feu sur une personne.

Il nous a paru important, avec Me Amélie LARQUIER, de vous dire ces quelques mots, parce que nous portons chaque jour la douleur de ceux qui sont blessés et la colère de ceux qui sont injustement poursuivis.

Alors chaque fois que vous approchez d’un véhicule, faites attention à vous. Travaillez les positionnements et ne vous mettez jamais en danger. Nous savons combien l’adrénaline est forte, nous savons combien votre envie de menotter ces abrutis vous motive, mais nous savons aussi à quelle vitesse tout peut basculer et virer au drame, pour vous et vos familles.

Rappelez vous toujours que le conducteur de ce véhicule pris en charge ne sera jamais sévèrement condamné pour rouler sans permis. Ayez à l’esprit que la justice lui trouvera toujours toutes les excuses de la terre, alors ne vous mettez pas en danger pour l’interpeller. Si vous pouvez le faire, allez-y. S’il y a le moindre risque, pensez à vos enfants, à vos parents, à vos amis…Pour un peu d’adrénaline ou de conscience professionnelle ils ne méritent pas de vous revoir dans une boite ou sur un fauteuil roulant. Ça n’en vaut pas la peine.

Courage Ă  vous tous et merci d’assurer notre sĂ©curitĂ©. Nous sommes fiers de vous. »

Maître Laurent-Franck Lienard