« COMMENT TENEZ VOUS ?

Avec mon associée Maître LARQUIER nous déjeunions avec un officier commandant une unité de maintien de l’ordre il y a deux semaines.
Au cours de la discussion, cet officier d’expérience, qui a vécu les évènements les plus marquants et les plus durs de notre société ces dernières années, dressait un constat sans concession de l’état de ses troupes et de la nature des engagements auxquels il était désormais confronté.
Il nous confiait se demander au plus profond de lui-même comment les effectifs de sécurité publique pouvaient encore trouver la motivation pour aller au travail tous les matins, et nous étions tous les trois d’accord pour leur tirer notre chapeau.
C’est vrai…comment tenez-vous ?
Vous êtes entrés dans la police pour maintenir la paix publique, arrêter des types qui pourrissent la vie des autres, et sauver les victimes, au péril de votre propre vie.
Cette mission, parfaitement honorable, est tout entière représentée par l’uniforme que vous portez.
Au quotidien, vous engagez le meilleur de vous pour la mener Ă  bien.
Et tous les jours des gens crachent sur votre tenue et sur votre métier.
Comment tenez-vous alors que ces gens, politisés à l’extrême ou parfaitement ignorants, qui ont pour point commun de ne pas avoir le dixième de votre courage, vous méprisent sans vous connaître et qui pourtant comptent sur vous pour sauver leur petite personne au moindre problème ?
Toutes les interventions que vous menez donnent l’occasion à ces « citoyens » de vous filmer en espérant un dérapage qu’ils pourront mettre sur les réseaux en déversant leur haine, bien protégés derrière leur écran.
Ils ne perdent pas une occasion de contester vos actions et la manière dont vous interpellez, eux qui n’ont jamais arrêté personne et qui ne savent rien de la difficulté concrète de votre métier.
Comment tenez-vous, vous qui êtes laissés seuls au monde en sortie d’école, sans mentor pour vous encadrer et vous former, sans aucune formation continue, sans soutien hiérarchique pour la plupart ?
La seule solution qu’on vous offre pour être formés et équipés convenablement c’est de financer vous-mêmes votre matériel et vos stages, alors que vous êtes payés avec un lance-pierres.
Comment tenez-vous alors que chaque jour vous interpellez des auteurs d’infraction archi-connus, que la justice se dépêche de relâcher pour qu’ils puissent recommencer ?
Les sursis avec mise à l’épreuve ou les OQTF ne servent à rien en réalité puisque rien n’est respecté. La lutte contre le trafic de drogue ou l’immigration clandestine confine à la farce.
Vous remplissez au quotidien le tonneau des DanaĂŻdes et vous ĂŞtes bien les seuls, sur la voie publique, Ă  Ĺ“uvrer pour maintenir la paix sociale.
Comment tenez-vous alors que des abrutis rêvent de vous faire brûler dans votre voiture pour rigoler et vous tirent des mortiers d’artifice dessus dans le but de vous faire mal, pour rien, juste parce que vous êtes policiers et qu’ils vous détestent.
Comment tenez-vous alors que cette même justice ne vous fera aucun cadeau à la moindre plainte déposée contre vous ?
Ces magistrats qui vous donnent des leçons de morale sans savoir ce que vous vivez, ou qui veulent vous apprendre comment faire votre métier alors qu’ils n’ont jamais pris une baffe.
Chaque jour vous risquez de vous faire mettre en examen, ou sous contrĂ´le judiciaire, et de perdre votre boulot.
Chaque jour un juge peut vous condamner et vous interdire l’exercice de votre métier en prétendant protéger la société alors qu’il participe à son déclin.
Alors comment tenez-vous ?
Avec l’expérience je pense en avoir une petite idée.
Vous tenez parce qu’il faut bien tenir. Vous tenez parce que vous savez que ce que vous faites est Bien.
Vous tenez parce que mieux que personne, vous savez que si vous lâchez, la société peut s’effondrer en quelques jours.
Vous tenez parce que vous avez des enfants à la maison et que vous ne voulez pas qu’ils soient rackettés, volés, violés ou poignardés.
Vous tenez parce que vous avez ce sens des autres, de l’intérêt général et de la société que les politiciens devraient aussi avoir un peu.
Vous tenez pour votre collègue à côté…pour lui sauver la vie en cas de pépin.
Pour tenir encore vous avez besoin d’un peu plus que des incantations de ministre et des 5008 toutes neuves.
Vous avez besoin qu’on vous témoigne de la confiance, du soutien, et qu’on vous laisse faire votre boulot en en respectant le sens.
Vous avez besoin que les condamnés effectuent leurs peines, et que les OQTF soient mises en application.
Vous avez besoin d’être jugés sans a priori, par des gens dont l’impartialité ne peut pas être remise en cause.
Vous pourriez peut-ĂŞtre ne plus tenir bien longtemps.
Tenez encore, parce que vous êtes formidables et que la très grande majorité des Français qui se taisent le savent.
Et battons-nous ensemble pour faire Ă©voluer les choses rapidement !
Bon dimanche ! »

Maître Laurent-Franck Lienard

(Merci Yann Bourguignon)