À quoi sert le syndicalisme policier ?

À l’heure où le BEAUVAU de la sécurité s’étiole et déroule ses réunions aussi inutiles les unes que les autres dans une indifférence sidérale, on peut légitimement se poser la question.

L’opinion publique a une vision très déformée de l’action syndicale française qui s’est parfois fourvoyée dans des chemins de traverse idéologiques.

Elle n’est nullement comparable à celle qui concerne l’univers du ministère de l’intérieur.

Si, entre le patronat français et les organisations syndicales classiques les débats et les négociations ont souvent tourné à l’affrontement direct et violent, il n’en est rien dans l’espace feutré des couloirs ministériels de BEAUVAU.

Cette vision pourrait être contestée par le spectacle de certaines manifestations, mais quand on sait qu’elles ont l’assentiment, pour ne pas dire la bénédiction, du pouvoir en place, cela relativise l’analyse.

Pour rendre justice aux organisations policières, les moyens de pression à leur disposition sont maigres. Rappelons que le droit de grève a été bradé, en d’autres temps, au bénéfice d’une prime de suggestion indigente. De ce fait, il n’y a plus grand-chose sur les étagères de l’action pour faire plier une gouvernance qui serait sourde aux revendications exprimées.

Que reste-t-il alors pour nourrir des discussions et des négociations partenariales au couteau ? Quasiment rien.

Face à une administration insensible et soucieuse de ses deniers, il faudrait une attitude intransigeante et rigoureuse, prête à aller jusqu’au point de rupture. Hélas, trois fois hélas, Nous en sommes loin.

L’État, toutes tendances confondues, n’a jamais fait preuve du moindre souci de l’intérêt général, et encore moins d’empathie. Toujours obsédé et sous l’influence de règles budgétaires déshumanisées, sans parler de visions dogmatiques hors-sol, tellement éloignées des réalités du terrain.

Le nier serait se tromper soi-mĂŞme.

Les orientations des politiques sécuritaires se sont perdues dans les limbes de l’incohérence et pire encore de la rentabilité chiffrée.
Dans ce contexte la mission des organisations syndicales aurait été de jouer le rôle de garde-fous.

Issus et membres à part entières des corps qui constituent l’administration du ministère de l’intérieur ils en ont toute la légitimité.
Malheureusement, il n’en est rien.

Le temps a fait son œuvre, et chacun s’est installé confortablement dans la posture de celui qui voudrait bien mais pourra peu.
Aujourd’hui, et par confort, l’administration confie une partie de la gestion RH (mutations, positionnement à l’avancement, éventuellement reclassements, dossiers sociaux, discipline) au bénéfice des organisations syndicales qui en retour s’accommodent des restrictions de tous ordres.

L’enjeu de ces relations malsaines réside à ne surtout pas perdre son influence dont le niveau sera déterminé par les résultats aux élections qui elles-mêmes détermineront le montant global des subventions allouées.

En conséquence, on intoxique les adhérents en leur faisant croire que l’on défendra leurs intérêts contre vents et marées, et une fois les élections passées, on s’accommode aisément du diktat de l’État.

C’est une comédie tragi-comique dans laquelle chacun sort son faux-nez quand c’est nécessaire ou en simulant de grosses colères, histoire de faire croire que l’on a le pouvoir d’influencer le cours des choses.

Exemple caricatural : La dernière démonstration de force devant l’Assemblée nationale au sein de laquelle, dans le même temps, étaient votées des lois inédites et scélérates, quant à leur volonté de nuire comme jamais à la procédure policière.

Réaction : Zéro !

Dans la foulée, retour au BEAUVAU de la sécurité, qui ressemble étrangement et de plus en plus à une halte-garderie pour syndicalistes impuissants.

Alliance étrange, entre la colère exprimée et la trahison, mais dont le scénario bien huilé s’explique par les accointances entre les représentants de l’État et des délégués nationaux complaisants.

Les grands perdants de ce cirque tragique, sont les adhérents.

Ils sont prisonniers de ces arrangements dont ils sont totalement exclus.

Sans syndicat, il a peu de chances d’obtenir mutations ou avancements. La gamelle est le nerf de la guerre, qui justifie tout et permet au système de perdurer.

Mais que la soupe est bonne pour les acteurs de la pièce. On ne fâche pas l’État et ses serviteurs et en retour, la République « bonne fille » se montre complaisante avec les détachements des uns et des autres et surtout on ne cherche pas trop à savoir comment fonctionnent les finances et donc les dépenses de l’argent public alloué à ces fameuses organisations. Le moins que l’on puisse dire est que l’administration se voile pudiquement la face, histoire de ne pas à gérer d’éventuels scandales.

Et si on a été très gentil, peu revendicatifs, les leaders ont droit à de véritables parachutes dorés. Dans ce domaine, on ne parle pas de simples promotions, ça c’est pour les strates inférieures, ou les délégués de base. Ce dont il s’agit consiste en des reclassements dorés sur tranche et taillés sur mesure. Parfois même, sur des listes électorales acquises par avance et en rapport avec la philosophie politique du bénéficiaire et du gouvernement reconnaissant.

Les exemples sont nombreux, mais tous ont un point commun. Ils ont été acquis sur la base d’une attitude syndicale complaisante et honteuse qui ne dit pas son nom.

Ce constat n’est pas ancien, il est actuel et ne risque pas d’évoluer dans le bon sens.

Les événements récents en sont la plus parfaite illustration. Nous ne sommes pas prêts d’en sortir.

Quant aux adhérents……

Commandant de police honoraire Jean-Pierre COLOMBIES,

Porte parole de l’association de policiers UPNI (Union des policiers Nationaux Indépendants)

Source : site « Confiance en la justice »