ECARTER UNE PERSONNE CONTROLEE

Nous avons plusieurs dossiers de violences présumées commises par des policiers ou des gendarmes qui font suite à une même pratique.

Vous effectuez un contrôle banal et il y a un abruti qui la ramène, vocifère, et empêche de réaliser le contrôle de manière sereine.

Vous décidez logiquement de l’écarter de ses copains et de lui expliquer que c’est un contrôle, qu’il doit se tenir tranquille et que ça ne durera pas longtemps. Pour ça vous êtes obligés de vous écarter, et de vous placer hors de la vue de vos collègues et des autres personnes contrôlées. Certains montent ou descendent un étage, d’autres le placent dans le véhicule de patrouille quelques minutes, d’autres l’emmènent à l’angle du bâtiment, où personne ne regarde.

Cette pratique vous fait courir un vrai danger.

D’abord vous vous mettez en insécurité. La sécurité repose sur l’équipage. Quand vous vous isolez vous êtes à la merci de n’importe quel cinglé. Mais ce risque là ne me regarde pas, puisque je ne suis qu’avocat. Je vais donc rester à ma place.

Ce qui me regarde plus, c’est le risque juridique lié à cette situation. Si le type irascible s’énerve encore plus et tente de vous donner un coup de tête, vous allez le repousser, et peut-être devoir le contraindre physiquement.

Vos collègues vont entendre des bruits de lutte sans pouvoir dire ce qui s’est passé. Les amis du décérébré vont prétendre avoir entendu de nombreux coups et avoir vu leur pote sérieusement blessé. Le type va dire que vous l’avez frappé gratuitement, voire torturé…

Et que va croire le juge ? Il va évidemment penser que vous vous êtes cachés pour pouvoir commettre des violences illégitimes sur le type qui vous énervait.

Ce genre de dossier, fréquent, est très difficile pour nous, car les apparences jouent contre vous, à chaque fois.

Si vous estimez que cette pratique est utile, ce qui est Ă©vident, il faut vous protĂ©ger : filmez le type qui la ramène. Lorsque vous vous Ă©cartez, laissez votre tĂ©lĂ©phone sur la fonction dictaphone afin d’enregistrer l’ensemble des Ă©changes. Soyez aussi vicieux que ceux d’en face. Et lorsque vous rentrez, dĂ©crivez bien la situation dans un Ă©crit. Justifiez la nĂ©cessitĂ© d’écarter cet individu et dĂ©crivez les actes de contrainte que vous avez dĂ» rĂ©aliser sur lui.

On n’est jamais trop prudent. Il vaut mieux vivre un peu parano que mourir grandement Ă©tonnĂ©…

Courage Ă  vous tous, et merci pour ce que vous faites !

(Merci Yann Bourguignon)