Aujourd’hui, le Tribunal de grande instance de Nanterre a relaxé Bruno Bartoccetti secrétaire national Unité SGP Police FO en charge de la zone Sud, Etienne Germelle, directeur de la publication du magazine Le Point et moi-même après une plainte en diffamation du commissaire de police Patrice Buil.

Toute décision contraire aurait eu de lourdes conséquences sur le travail de la presse et la liberté d’expression syndicale, en résumé le droit à l’information aurait été clairement menacé.

Patrice Buil avait décidé de porter l’affaire en justice, suite à une publication d’avril 2019 dont je suis l’auteur. Celle-ci remettait en cause le management des fonctionnaires de police au sein du commissariat central de Montpellier, quelques jours après le suicide du capitaine Elisabeth Gabet, sur son lieu de travail et avec son arme de service. Un drame qui venait alourdir la liste trop importante de policiers ayant mis fin à leur jour, en pleine crise inédite liée au mouvement des Gilets jaunes.
L’article tente de décrypter le quotidien de policiers sous pression, demandant une écoute plus attentive de leur hiérarchie, attachés à leur métier bien qu’en quête d’y retrouver un peu plus de sens.

Lorsqu’un journaliste veut réaliser un article de fond, il lui faut plusieurs sources, c’est une évidence. Lorsqu’il s’agit de travailler sur une corporation de la fonction publique, la plupart de ses interlocuteurs refuseront de témoigner ou le feront de manière anonyme car ils sont soumis à un droit de réserve. Le journaliste s’oriente alors logiquement vers la parole syndicale pour étayer ses écrits. Un représentant syndical doit défendre les intérêts du personnel, il est en mesure de tenir une expression publique pour représenter ses collègues. En poursuivant l’un des cadres d’un syndicat majoritaire au sein de la police héraultaise, M. Patrice Buil aurait pu ouvrir une voie dangereuse, celle qui ferait taire l’expression syndicale. Il a été débouté.

Je remercie donc très chaleureusement l’avocat montpelliérain Me David Mendel qui a défendu Bruno Bartoccetti en développant un argumentaire qui dépassait le sujet de l’article pour plaider l’intérêt général en se faisant défenseur de la liberté d’expression et d’opinion.

Je salue aussi le courage du syndicaliste Yann Bastière délégué national Investigation Unité SGP Police FO pour son témoignage à la barre. Plein de sang-froid, il a détaillé, pendant plus d’une heure, les raisons du malaise qu’il ressentait et dont plusieurs de ses collègues lui faisaient part. Il a évoqué de nombreux dysfonctionnements, des directives inadaptées et des relations humaines au travail déficientes. Il a dû raconter qui était la défunte, la manière dont elle était respectée et appréciée. Yann Bastière est aussi revenu sur le jour où s’est produit le drame…

Pour ma part, je remercie l’avocat parisien Me Legunehec qui m’a accompagnĂ© sur ce dossier. J’ai expliquĂ© qu’il n’a jamais Ă©tĂ© question de pointer un lien de cause Ă  effet entre le suicide et un management dĂ©faillant. Il s’agissait de partir d’un fait d’actualitĂ© qui soulevait des questions – dont seule la capitaine Gabet a les rĂ©ponses – pour s’intĂ©resser Ă  un malaise plus gĂ©nĂ©ral qui semblait exister depuis plusieurs annĂ©es.

Parmi mes justifications, j’ai aussi avancé l’idée que si le nom de Patrice Buil pouvait être rattaché à ce management déficient, c’est parce qu’il était, à l’époque, en situation de responsabilité au sein de la DDSP 34. Lorsque l’on occupe de telles fonctions, n’est-il pas normal d’en assumer toute la mesure ?

Bien que Patrice Buil ait été dans son droit, j’ai trouvé cette procédure particulièrement dérangeante. Elle a ravivé des émotions fortes chez plusieurs personnes, devant se replonger dans un drame qui avait ému les fonctionnaires de police, des journalistes, des manifestants habitués à croiser le regard de ces femmes et ces hommes qui doivent assurer la sécurité publique dans un contexte sociétal de plus en plus houleux.

Actuellement, Patrice Buil exerce dans le département du Var sous la direction de Jean-Michel Porez avec qui il évoluait déjà dans l’Hérault. Ces deux gradés de la Police nationale ont quitté Montpellier quelques mois après la publication de l’article. Ils ont été tous les deux mutés. « Un hasard » a déclaré le commissaire.

J’adresse mes pensées aux proches de la défunte et republie l’article mis en cause.

Benjamin TĂ©oule, journaliste

L’article du Point Ă©voquant le suicide de la policière ici (2019)

(Merci J.)