Six ans après le suicide d’Evaëlle, collégienne de 11 ans à Herblay, la cour d’appel de Versailles a condamné ce 13 avril sa professeure de français à un an de prison avec sursis pour harcèlement scolaire. Un verdict qui renverse la relaxe prononcée en première instance.

Affaire Evaëlle : la professeure de français condamnée à un an de prison avec sursis par la cour d’appel de Versailles
Six ans après la mort d’Evaëlle, une collégienne de 11 ans retrouvée pendue dans sa chambre d’Herblay en juin 2019, la justice a rendu un verdict marquant. Ce lundi 13 avril, la cour d’appel de Versailles a condamné son ancienne enseignante de français à un an d’emprisonnement avec sursis pour harcèlement scolaire, infirmant ainsi la relaxe prononcée en première instance en avril 2025.
Un renversement de jurisprudence attendu par la famille
La décision de la cour d’appel de Versailles marque un tournant dans cette affaire qui a profondément ému l’opinion publique française. Là où le tribunal correctionnel de Pontoise avait, il y a un an, estimé que les faits reprochés à l’enseignante relevaient de « comportements appropriés et légitimes pour l’exercice de l’autorité », les magistrats d’appel ont conclu à une tout autre réalité, relate RTL.
La professeure, aujourd’hui retraitée et âgée de 63 ans, était poursuivie pour harcèlement moral sur l’élève, qui venait tout juste de quitter l’école primaire au moment des faits. Le parquet général avait requis dix-huit mois de prison avec sursis, dénonçant une attitude « intrinsèquement inadaptée » ayant contribué à la dégradation progressive de l’état psychologique de la jeune fille.
Un portrait accablant dressé lors du procès en appel
Durant l’audience de février dernier, plusieurs anciens camarades de classe avaient livré des témoignages concordants sur le comportement de l’enseignante à l’égard d’Evaëlle. « Elle lui faisait beaucoup de remarques, elle lui criait souvent dessus », avait rapporté l’un d’eux. Une autre élève avait résumé l’atmosphère de la classe ainsi : « C’était contre Evaëlle tout le temps, comme si elle s’en prenait aux plus vulnérables. »
L’avocate générale avait été particulièrement sévère dans son réquisitoire, décrivant une enseignante qui « humiliait, rabaissait et stigmatisait, non pas l’ensemble des élèves, mais certains, soigneusement choisis ». Face à ces accusations, la professeure a toujours maintenu qu’elle cherchait à aider l’adolescente, non à la blesser.
L’épisode des « séances de vie de classe », au cœur du dossier
Parmi les faits les plus lourds retenus à charge figure un épisode précis, survenu en cours de français. L’enseignante avait organisé des séances au cours desquelles elle demandait aux autres élèves de répondre collectivement à la question : « Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ? » Confrontée à cette situation, la collégienne avait fondu en larmes — ce qui avait poussé la professeure à s’énerver et à lui intimer de répondre comme les autres.
Ce jour-là , Evaëlle avait confié à ses parents avoir vécu « la pire journée de sa vie ». Ce témoignage, rapporté lors des débats, a pesé lourd dans la conviction des juges d’appel.
Evaëlle, une enfant « atypique » rattrapée par la violence scolaire
Evaëlle était scolarisée au collège Isabelle-Autissier de La Roche-Guyon, dans le Val-d’Oise. Décrite par ses proches comme une enfant précoce, vive d’esprit mais ayant des difficultés à s’intégrer dans un cadre scolaire traditionnel, elle était également victime de harcèlement de la part de certains élèves. C’est dans ce contexte de souffrance cumulée qu’elle a mis fin à ses jours en juin 2019, à seulement 11 ans.
La mère d’Evaëlle, soulagée mais épuisée
Quelques heures avant le rendu du verdict, la mère d’Evaëlle, Marie Dupuis, avait exprimé son anxiété à RTL. Elle avouait « appréhender beaucoup », tout en reconnaissant avoir peut-être été « trop confiante » avant la relaxe de première instance. Elle voyait dans les agissements reprochés à l’enseignante une « faute professionnelle » grave, et espérait que ce procès contribuerait à « lever le voile sur la maltraitance que peuvent exercer certains professeurs ».
Ce 13 avril, la condamnation prononcée par la cour d’appel de Versailles lui donne partiellement raison — même si aucune peine ne saurait effacer six années de deuil.
(Merci Rudy van Cappellen)
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