Cinq Franciliens sont mis en examen à Paris pour avoir blanchi 3 M€ issus d’un trafic de cocaïne en Corse via une fraude au compte personnel de formation. Une enquête multidirectionnelle se poursuit.

Trafic de cocaïne : un réseau accusé d’avoir blanchi l’argent des trafiquants corses via une fraude au CPF
Cinq personnes, âgées de 27 à 50 ans et résidant en Île-de-France, ont été mises en examen vendredi 14 novembre à Paris pour blanchiment en bande organisée, selon les informations du Parisien. Elles sont soupçonnées d’avoir participé à un mécanisme visant à recycler plusieurs millions d’euros issus d’un trafic de cocaïne corse, en utilisant un procédé inattendu : une escroquerie au compte personnel de formation (CPF).
Trois suspects ont été placés sous contrôle judiciaire, tandis que deux autres ont été incarcérés.
Un réseau éclaté entre Ajaccio, Paris et le Maroc
Selon les premiers éléments de l’enquête, l’argent généré par le narcobanditisme corse transitait entre Ajaccio, la région parisienne et le Maroc. Les fonds provenaient d’un trafic de cocaïne introduite depuis l’Amérique du Sud via les Antilles avant d’être écoulée en Corse.
Les investigations ont été menées conjointement par plusieurs juridictions interrégionales spécialisées, mobilisées pour reconstituer la branche financière du dossier.
Le rôle de l’OCLCO : naissance d’une enquête financière
L’affaire remonte à plusieurs mois, lorsque l’OCLCO (Office central de lutte contre le crime organisé) détecte un réseau actif à Ajaccio. Les enquêteurs mettent rapidement au jour un système financier complexe impliquant des rencontres entre entrepreneurs dans des établissements parisiens. Les surveillances et filatures permettent de comprendre le fonctionnement du dispositif.
Une “machine à laver” basée sur une fraude au CPF
L’argent liquide collecté en Corse était acheminé en Île-de-France, où il était injecté dans un réseau de sociétés de formation. Certaines structures fonctionnaient réellement, tandis que d’autres n’existaient que sur le papier. Le dirigeant principal recrutait des complices disposant d’un crédit CPF et prêts à s’inscrire à de fausses formations, en échange de paiements en espèces issus de la vente de cocaïne.
L’État versait alors les fonds au gestionnaire des centres de formation. Par un système de virements croisés et de fausses factures, l’argent était redistribué à des « sociétés taxis », avant d’être envoyé vers des comptes au Maroc. Les trafiquants corses récupéraient ensuite les sommes, désormais intégrées dans un circuit para-légal.
Chaque intermédiaire touchait une commission.
Interpellations en Corse et en ĂŽle-de-France
Lundi, huit trafiquants présumés ont été arrêtés près de la côte des Sanguinaires, en Corse, puis placés en garde à vue. Les cinq mis en cause du versant francilien ont été interpellés à Paris et dans sa banlieue, avant d’être entendus par les policiers de la PJ de Nanterre.
Durant les auditions, l’un des suspects, le plus jeune, a reconnu avoir ouvert des comptes servant au blanchiment. Sans antécédents judiciaires, il a été placé sous contrôle judiciaire. Son avocate n’a pas souhaité commenter.
Un second mis en cause, dirigeant d’une société de transport, a admis avoir prêté son compte de paris en ligne, sur lequel 43 000 € jugés suspects auraient circulé.
Un chef de réseau au passé violent
Le troisième suspect, patron d’un centre de formation, a partiellement reconnu les faits avant son incarcération. Il affirme avoir subi des pressions d’un homme présenté comme le chef du réseau de blanchiment et d’un entrepreneur proche d’un célèbre acteur de la fraude à la taxe carbone. Selon lui, ces deux hommes lui auraient extorqué 220 000 € et forcé la mise en place du système.
Ce chef présumé est un homme de 52 ans originaire de Thiais (Val-de-Marne), ancien gérant d’un point de deal dans les années 1990. Il a été jugé à plusieurs reprises pour des faits de séquestration et de violences extrêmes, notamment l’usage d’un chalumeau et d’une chaîne de vélo contre des employés soupçonnés de pertes de produits stupéfiants. Il résiderait aujourd’hui au Maroc, où il serait toujours actif dans l’extorsion et le blanchiment.
Suite de l’enquête
Un autre dirigeant de centre de formation, âgé de 47 ans, a également été incarcéré après avoir donné des explications partielles. La cinquième suspecte, dont le rôle apparaît limité, a été remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Les personnes liées au versant corse de l’affaire doivent être présentées la semaine prochaine à une juge parisienne, tandis que les investigations financières se poursuivent pour retracer l’ensemble des flux.
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Bonjour , très forts , les policiers spécialistes des montages financiers truqués , et , alambiqués ! Cordialement .