Une vidéo de formation en ligne de l’Académie de police, avec dessins animés, mini‑jeux et tutoiement, provoque la colère des enquêteurs de la police judiciaire déjà fragilisés par la réforme et un stock gigantesque de procédures en attente.

Police judiciaire : une vidéo de formation jugée infantilisante ravive le malaise
Une séquence de formation en ligne diffusée sur l’intranet du ministère de l’Intérieur, portée par un personnage de dessin animé et des mini‑jeux, est très mal passée auprès des enquêteurs de la police judiciaire, révèle Le Canard enchaîné dans son article « Des poulets ou des buses ? ».
Dans un contexte de réforme controversée et de surcharge de dossiers, beaucoup y voient une nouvelle marque de mépris envers une filière déjà en crise.
Une vidéo « fun » qui passe très mal
La séquence, d’une durée d’un peu plus d’une minute et demie, a été conçue par l’Académie de police pour promouvoir une « formation percutante » de mise à jour des connaissances judiciaires à destination des officiers de police judiciaire.
Sur une musique rappelant les univers de fantasy, un personnage de dessin animé s’adresse directement aux policiers, les tutoie et promet une formation en ligne jalonnée de quiz, de mini‑jeux et d’escape games, censée remplacer les « PowerPoint ennuyeux ».
Le message insiste sur la nécessité de se former régulièrement, comparant un enquêteur non mis à jour à un GPS sans réseau qui « se perd ».
Pour rendre le tout plus attractif, la vidéo déroule un argumentaire très marketing, avec un emploi du temps présenté comme flexible : les policiers sont invités à « bosser, cliquer, manger un tacos et revenir », dans une ambiance volontairement décontractée.
Des enquêteurs qui se disent infantilisés
Dans les services de police judiciaire, où les agents sont déjà submergés de travail, la séquence a suscité un profond agacement.
Plusieurs fonctionnaires dénoncent un ton jugé puéril et déconnecté de la réalité de leurs missions, certains parlant d’un contenu « insultant de niaiserie » qui les fait passer pour des adolescents peu sérieux.
Les critiques visent autant la forme – dessins animés, gimmicks publicitaires, tutoiement – que le fond, perçu comme une injonction supplémentaire à dégager du temps pour trois jours de formation en ligne alors que les services peinent déjà à absorber la charge de dossiers.
Ce sentiment d’infantilisation s’ajoute à une impression plus large d’être mal considérés, voire méprisés, par une hiérarchie qui cherche à communiquer plutôt qu’à résoudre les problèmes structurels.
Une filière déjà fragilisée par la réforme de la police nationale
Cette polémique intervient alors que la police judiciaire traverse une période de fortes tensions depuis la réforme qui a placé, dans chaque département, tous les services de police sous l’autorité d’un seul directeur, faisant craindre un « nivellement vers le bas » des compétences en matière d’investigation.
Les syndicats et représentants de la filière soulignent depuis des mois le manque de moyens humains et matériels, ainsi qu’une perte d’attractivité du métier d’enquêteur.
Selon les travaux administratifs et parlementaires, près de trois millions de procédures judiciaires seraient aujourd’hui en attente, faute de bras pour les traiter, ce qui alimente un sentiment d’urgence dans les services.
Le ministre de l’Intérieur a annoncé un « plan investigation » chiffré à plus de 130 millions d’euros d’investissements, destiné à renforcer la filière et à moderniser l’outillage des enquêteurs, mais la mise en œuvre de ce plan reste suspendue aux arbitrages budgétaires.
Une communication qui heurte plus qu’elle ne motive
Du point de vue des policiers judiciaires, cette vidéo résume une dérive consistant à privilégier des campagnes de communication ludiques plutôt que des mesures concrètes de renfort des effectifs et de simplification des procédures.
Beaucoup d’entre eux estiment que la question de la formation continue est légitime, mais que la forme choisie, très proche des codes utilisés pour séduire un public adolescent, nie la technicité de leurs missions et l’ampleur des responsabilités pénales qu’ils assument.
À l’heure où le ministère promet de redonner de l’attractivité à la filière investigation, ce type de contenu est perçu comme contre‑productif, renforçant le fossé entre la base et l’administration centrale.
Reste à savoir si cette séquence restera un simple couac de communication ou si elle conduira à une réflexion plus globale sur la manière d’associer les enquêteurs aux politiques de formation et de modernisation de la police judiciaire.
(Merci G.)
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Bonjour , où ; visionner , cette fameuse vidéo infantile ? Cordialement .
Bonjour, elle est uniquement visible sur les réseaux intranet de la police nationale et de la gendarmerie. Cordialement.