Une étude officielle révèle que 42% des plaintes pour violences conjugales sont classées sans suite en France. Analyse des délais de traitement judiciaire et des taux de poursuite selon la nature des violences entre 2018 et 2023.

Violences conjugales : quatre plaintes sur dix classées sans suite
Une vaste étude statistique dévoile les chiffres du traitement judiciaire des violences conjugales en France sur six ans
Les ministères de la Justice et de l’Intérieur publient une analyse inédite du parcours judiciaire de 800 000 victimes. Les données révèlent des délais de traitement raccourcis mais un taux élevé d’abandons de poursuites, relate Le Figaro.
Des délais de traitement en diminution constante
L’enquête menée par les services statistiques ministériels couvre l’ensemble des dossiers de violences conjugales enregistrés par les forces de l’ordre entre 2018 et 2023. Les résultats montrent une amélioration notable des délais : la moitié des victimes obtiennent une issue à leur affaire en moins de six mois, tandis que trois quarts d’entre elles voient leur dossier clos en moins d’un an.
Cette évolution positive se confirme dans la durée moyenne de traitement. Les victimes ayant déposé plainte en 2018 attendaient en moyenne 11,7 mois avant la conclusion de leur affaire. Ce délai a été réduit à 8,9 mois pour les plaintes enregistrées en 2021, démontrant une accélération significative du traitement judiciaire.
Plus de la moitié des dossiers reçoivent une suite judiciaire
L’orientation des affaires se répartit selon trois grandes catégories. Pour 55% des victimes, la justice donne une suite concrète au dossier : 31% font l’objet de poursuites pénales devant un tribunal, tandis que 23% sont traitées par des mesures alternatives aux poursuites.
Le classement sans suite concerne 42% des plaintes déposées. Cette décision intervient principalement pour cause d’affaire non poursuivable, représentant 36% des cas. Les classements pour inopportunité des poursuites, incluant les recherches infructueuses ou les désistements de victimes, comptent pour 6% supplémentaires. Les 4% restants correspondent à des dossiers encore en cours d’orientation au moment de l’étude.
Des taux de poursuite variables selon les violences
La nature des faits influe fortement sur la décision de poursuivre ou non l’auteur présumé. Les tentatives d’homicide bénéficient du taux de poursuite le plus élevé avec 77% des dossiers transmis devant un tribunal. Cette proportion chute drastiquement pour d’autres types de violences.
Les viols et tentatives de viol, ainsi que les violences physiques, ne conduisent à des poursuites que dans 36% des cas. Le même taux s’applique aux menaces. La situation devient encore plus défavorable pour les violences psychologiques : seules 24% des affaires de harcèlement moral aboutissent à des poursuites, et ce chiffre descend à 19% pour les autres formes de violences verbales ou psychologiques.
Une condamnation quasi systématique devant le tribunal
Lorsqu’une affaire atteint le stade du tribunal correctionnel, ce qui concerne environ une victime sur trois, l’issue est très majoritairement défavorable à l’auteur. Dans 95% des jugements rendus, le tribunal prononce une mesure de culpabilité à l’encontre du prévenu. Ce taux élevé de condamnation contraste avec le nombre important de classements sans suite en amont.
L’étude considère une affaire comme terminée dès lors qu’elle fait l’objet d’un classement sans suite, d’une mesure alternative exécutée, d’un non-lieu après instruction ou d’une décision de première instance en correctionnel. Cette définition permet d’établir une vision globale du parcours judiciaire depuis le dépôt de plainte jusqu’à la résolution définitive du dossier.
(Merci Laurent B.)
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