Au moins 70 policiers nationaux ont rejoint la police municipale entre 2020 et 2024. Meilleur salaire, moins de pression et missions diversifiées expliquent cet engouement croissant pour la sécurité de proximité, au cœur des prochaines municipales.

Police municipale : l’exode discret des agents de la Police nationale
Des dizaines de professionnels quittent leurs postes pour la sécurité de proximité
Un mouvement silencieux mais significatif s’observe depuis plusieurs années au sein des forces de l’ordre françaises. Entre 2020 et 2024, au moins 70 agents de la Police nationale ont choisi de rejoindre les effectifs de la police municipale, selon les données du ministère de l’Intérieur. Ce phénomène, révélé mardi 6 janvier, témoigne d’une recomposition profonde des aspirations professionnelles dans le secteur de la sécurité, rapporte RMC BFMTV.
Pour Ludovic Durand, secrétaire général du syndicat FO police municipale, ces statistiques officielles sous-estiment même la réalité du terrain. Certains agents préfèrent démissionner plutôt que d’emprunter la voie administrative du détachement, acceptant de repasser les concours pour intégrer directement les services municipaux.
Une quête de sens et d’équilibre professionnel
Le parcours de Yannick Leveque illustre parfaitement cette dynamique. Après avoir débuté comme policier municipal, il avait rejoint la Police nationale en réussissant le concours de gardien de la paix. Pourtant, dès ses débuts, des collègues expérimentés l’avaient mis en garde contre cette évolution de carrière.
Au bout de deux années seulement, le désenchantement s’est installé. Les missions répétitives, les astreintes contraignantes, les gardes hospitalières et la surveillance de détenus ont fini par éroder sa motivation. Aujourd’hui revenu en police municipale, il côtoie quotidiennement d’anciens agents de la Police nationale ou de la Gendarmerie qui partagent son choix sans aucun regret.
Des conditions de travail plus attractives
L’attrait pour la police municipale repose sur plusieurs facteurs déterminants. Les agents bénéficient généralement d’une rémunération supérieure à celle d’un gardien de la paix, tout en exerçant des missions souvent moins exposées. La diversité des interventions et la proximité avec la population constituent également des arguments majeurs.
Yannick Leveque souligne avoir retrouvé un véritable bien-être professionnel depuis son retour en municipale. La polyvalence des missions, allant du contact avec les habitants aux interpellations et opérations de police-secours, s’accompagne d’une pression nettement moins intense que dans les services nationaux.
Un enjeu central pour les municipales de 2026
Cette tendance s’inscrit dans un contexte où la sécurité de proximité devient un axe majeur des politiques municipales. À deux mois des élections, la question des effectifs et des moyens alloués aux polices municipales figure parmi les priorités des programmes électoraux.
L’exemple de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, est révélateur de cette évolution. Les effectifs municipaux y ont été multipliés par quatre depuis 2020. Les habitants constatent une présence renforcée sur le terrain, même si certains nuancent l’efficacité concrète de ce déploiement.
Saint-Denis : un laboratoire de la sécurité municipale
Mathieu Hanotin, maire socialiste de Saint-Denis, revendique d’avoir atteint la moyenne nationale d’un policier municipal pour mille habitants. Conscient que sa commune connaît des difficultés supérieures à la moyenne, il prévoit d’intensifier encore ces efforts durant son second mandat, entre stabilisation et développement des effectifs.
Cette volonté politique répond à une demande croissante des élus locaux selon Thierry Colomar, président de la Fédération des policiers municipaux de France. Face aux difficultés de la Police nationale et de la Gendarmerie à assurer la sécurité quotidienne, de nombreux maires s’interrogent sur la création de services municipaux.
Vers une extension des prérogatives judiciaires
Un projet de loi, présenté prochainement devant le Sénat, pourrait transformer en profondeur le périmètre d’intervention des polices municipales. Le texte envisage d’offrir aux maires la possibilité de créer des services à compétence judiciaire élargie.
Ces nouvelles prérogatives permettraient notamment aux agents d’effectuer des relevés d’identité dans le cadre de vente à la sauvette ou de constater des infractions liées à l’usage de stupéfiants. Cette évolution législative s’inscrit dans une logique de renforcement des pouvoirs municipaux en matière de sécurité publique, anticipant les débats des prochaines échéances électorales.
(Merci Yann Bourguignon)
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