Ghalia C., 32 ans, fonctionnaire au centre des impôts de Bobigny, est mise en examen pour avoir exploité les fichiers fiscaux afin de localiser un agent pénitentiaire violemment agressé à son domicile. Ses recherches ciblaient aussi des investisseurs en cryptomonnaie et Vincent Bolloré.

Une fonctionnaire des impôts soupçonnée d’avoir trahi le secret fiscal pour un commando violent
L’administration fiscale au cœur d’un scandale après l’agression d’un surveillant de prison dont l’adresse avait été localisée via les fichiers du Trésor public
Une affaire hors norme secoue l’administration fiscale française. Ghalia C., 32 ans, employée au centre des impôts de Bobigny, comparaît devant la justice pour avoir détourné les fichiers du fisc afin de fournir l’adresse d’un agent pénitentiaire, ultérieurement victime d’une violente expédition punitive à son domicile. Incarcérée depuis juin 2025, cette fonctionnaire fait face à des accusations de complicité de violences et d’association de malfaiteurs. L’instruction révèle également qu’elle aurait consulté les données personnelles de personnalités publiques et d’investisseurs en cryptomonnaie.
Intrusion violente au domicile d’un gardien de la Santé
Le 26 septembre 2024, vers 22h40, un couple est agressé à son domicile de Montreuil. Trois individus, dont l’un armé d’un pistolet, font irruption dans l’appartement après que l’épouse ait ouvert la porte. Le mari, surveillant pénitentiaire à la maison d’arrêt de la Santé à Paris, reçoit un violent coup de crosse à la tête avant d’être roué de coups. Son épouse tente de s’interposer mais subit également une agression physique.
Avant de s’enfuir, l’un des assaillants lance une phrase lourde de sens : « Fais attention, la prochaine fois, au quartier d’isolement. » Cette menace directe fait immédiatement écho à un incident survenu le matin même : la victime avait découvert plusieurs téléphones dissimulés dans des cellules. Les deux époux, souffrant de multiples contusions, sont transportés à l’hôpital par les pompiers.
Des fichiers fiscaux détournés pour localiser la victime
L’enquête du service départemental de police judiciaire de Seine-Saint-Denis identifie rapidement les trois auteurs présumés de l’agression et leur chauffeur, une jeune femme. Les investigations révèlent un lien troublant avec Ghalia C., fonctionnaire au centre des impôts de Bobigny. Cette dernière aurait consulté le logiciel « Mira », réservé à l’administration fiscale, pour obtenir la nouvelle adresse du surveillant.
Or, selon le dossier d’instruction, cette recherche ne correspond nullement à ses attributions professionnelles puisqu’elle travaille exclusivement sur la fiscalité des entreprises. L’accès aux données personnelles d’un particulier dans ces conditions constitue un détournement caractérisé de sa fonction.
Un réseau d’intérêts et des liens avec le milieu carcéral
Le profil de la mise en examen révèle des antécédents judiciaires préoccupants. Son casier mentionne deux condamnations, dont une pour remise d’objets prohibés et de stupéfiants à des détenus de la prison de Réau, établissement où se trouve incarcéré son oncle. Son compagnon, Hichem M., purge actuellement une peine à Laon, et entretient des relations avec Moussa B., détenu à la Santé, précisément là où exerce la victime.
L’analyse des comptes bancaires de la trentenaire fait apparaître des dépôts réguliers d’espèces et des transferts via Western Union. Sur son ordinateur professionnel, les enquêteurs découvrent d’autres consultations suspectes : un second surveillant de la Santé, le milliardaire Vincent Bolloré, des investisseurs en cryptomonnaie, un juge d’application des peines de Laon et des membres de la famille de son compagnon.
Des aveux partiels et une détention maintenue
Lors du coup de filet lancé fin juin 2025, les trois exécutants et leur chauffeur reconnaissent avoir été recrutés pour cette opération contre une rémunération d’environ 800 euros. Ghalia C. admet avoir transmis des informations sur la victime mais affirme avoir ignoré sa profession de surveillant pénitentiaire et le projet d’agression.
« J’ai donné des informations sur cette personne. Je ne savais rien de ce qui a été fait et je souhaite demander pardon à ce couple », déclare-t-elle devant la chambre d’instruction. Sa demande de libération est rejetée. L’avocat général souligne son refus de communiquer le code de son téléphone et l’identité du commanditaire présumé : « C’est un comportement de criminel. Cette femme a usé de sa fonction de manière totalement anormale pour se mettre au service d’une délinquance chevronnée. »
Une seconde affaire similaire Ă Nancy
L’instruction s’est élargie à un second dossier ouvert à la juridiction interrégionale spécialisée de Nancy. Ghalia C. y est également mise en examen pour des faits de dégradations commises au domicile d’autres agents pénitentiaires, ce qui a entraîné un nouveau mandat de dépôt.
Me Sevim Kasay, avocate de la prévenue, conteste la solidité du dossier : « La recherche de la nouvelle adresse du surveillant de Montreuil a été effectuée par un autre fonctionnaire. Le grand tort de ma cliente est d’être la compagne d’un homme qui a un meilleur ami incarcéré à la Santé. » Elle insiste sur l’absence de preuves matérielles supplémentaires et rappelle que ni le juge de Laon ni Vincent Bolloré n’ont été victimes d’agressions.
Mise à pied sans solde depuis son incarcération, Ghalia C. reste détenue en attendant que la justice statue définitivement sur son implication dans ces affaires.
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