À Bagnolet, l’enquête sur la mort de Mamadou B. est fragilisée par des négligences judiciaires : quatre mis en examen sont remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Bagnolet : quatre mis en examen libérés après des négligences de procédure dans une affaire d’homicide sur fond de trafic de stupéfiants
Une série d’irrégularités procédurales, dont le mauvais classement d’un recours, a conduit la justice à remettre en liberté quatre hommes incarcérés dans le dossier de la mort de Mamadou B., tué à Bagnolet en juillet 2024. Les intéressés restent mis en examen et ont été placés sous contrôle judiciaire, relate Le Monde.
Le 14 juillet 2024, en milieu d’après-midi, Mamadou B., âgé d’une trentaine d’années, est abattu rue Robespierre, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), à proximité de la cité de la Capsulerie. Deux assaillants circulant sur un scooter de marque Honda prennent la fuite après les tirs.
Les enquêteurs privilégient rapidement la piste d’une méprise. La victime, sans lien avec le trafic évoqué par les investigations, aurait été confondue avec une autre personne, présentée comme la cible initiale, en lien avec la sécurité d’un point de deal du secteur, réputé très lucratif et parfois surnommé « le Rungis du cannabis », avec un chiffre d’affaires avancé d’environ 50 000 euros par semaine.
Quatre interpellations et des armes saisies
Le 27 janvier 2025, quatre suspects âgés de 25 à 33 ans sont interpellés à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), ainsi qu’à Villepinte et Sevran (Seine-Saint-Denis). Des perquisitions permettent de saisir plus de 70 000 euros en espèces, deux pistolets automatiques, des brassards marqués « Police », de la cocaïne, ainsi qu’un fusil d’assaut américain dont le calibre correspond à celui utilisé lors de l’homicide.
À l’issue de quatre jours de garde à vue, les quatre hommes sont mis en examen à Bobigny, notamment pour meurtre en bande organisée et association de malfaiteurs, puis placés en détention provisoire.
Dessaisissement vers la JIRS : premiers accrocs
Le 23 avril 2025, au regard de la qualification des faits et du contexte de criminalité organisée, le parquet de Bobigny demande au juge d’instruction de se dessaisir au profit de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris. La procédure impose toutefois d’informer les mis en cause et leurs avocats, afin de recueillir leurs observations, puis de notifier formellement la décision.
Dans le cas de deux des mis en examen, défendus par Me Keren Saffar et Me Raphaël Chiche, des irrégularités sont relevées dans l’ordre et la remise des notifications. Un recours est formé devant la chambre de l’instruction, qui lui donne raison le 3 juin : le dossier demeure alors instruit à Bobigny.
Un recours égaré et un délai qui change tout
En juin 2025, une nouvelle demande de dessaisissement est engagée, cette fois avec des précautions supplémentaires. Le dossier est transféré et l’instruction se poursuit à Paris pendant plusieurs mois, avec de nouvelles auditions et actes d’enquête.
Le 22 décembre 2025, une magistrate sollicite le maintien en détention des quatre mis en examen. Le 20 janvier, le juge des libertés et de la détention prolonge la détention, décision aussitôt contestée devant la chambre de l’instruction.
Lors du débat, la défense fait valoir qu’un recours déposé le 15 juillet 2025 contre le dessaisissement n’a jamais reçu de réponse, alors qu’un délai légal de huit jours est invoqué pour statuer sur ce type de contestation. Selon cette argumentation, le dessaisissement est réputé ne pas avoir produit effet, ce qui fragilise — voire annule — les actes réalisés après le transfert du dossier, y compris la prolongation de détention demandée en décembre 2025.
Remise en liberté et contrôle judiciaire
La chambre de l’instruction constate l’impasse procédurale et, vendredi 13 février, ordonne la remise en liberté des quatre mis en examen, assortie d’un placement sous contrôle judiciaire.
Une analyse interne est menée sur l’origine du dysfonctionnement. Le recours du 15 juillet 2025 est finalement retrouvé dans un casier de traitement inadapté, celui des « affaires non urgentes », au lieu d’être instruit dans les délais requis.
(Merci Yann Bourguignon)
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