Un ancien chef de la police municipale de Livry-Gargan a été condamné jeudi à Bobigny à huit mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel répété envers plusieurs collègues féminines. Révoqué depuis le 19 mars, il devra indemniser les victimes et suivre un suivi psychologique obligatoire.

Un ex-gradé de la police municipale de Livry-Gargan condamné pour harcèlement sexuel
Jugé jeudi devant le tribunal correctionnel de Bobigny, un ancien responsable de la police municipale de Livry-Gargan a été reconnu coupable de harcèlement sexuel envers plusieurs de ses subordonnées. Il écope de huit mois de prison avec sursis probatoire et a déjà été révoqué de ses fonctions.
Un flot de messages à caractère sexuel sur plusieurs mois
C’est un dossier qui illustre la difficulté, encore aujourd’hui, pour des professionnelles de se défendre face à un supérieur hiérarchique. Pendant des mois, Gino S., la cinquantaine, alors en poste à la police municipale de Livry-Gargan depuis l’automne 2024, a adressé à l’une de ses collègues — prénommée Asma dans la procédure — un volume considérable de messages à caractère sexuel, relate Le Parisien. Les éléments versés au dossier font état de 27 pages de SMS, dans lesquels l’intéressé décrit ses pensées intimes, propose des rapports sexuels et commente l’apparence physique de la destinataire sans que celle-ci ne l’y ait jamais invité. Aux messages s’ajoutent des gestes non consentis : des baisers imposés que Gino S. a lui-même reconnus à l’audience.
À la barre de la 14e chambre correctionnelle, le prévenu a semblé peiner à mesurer la gravité de ses actes, affirmant avoir été « la personne qui l’aimait le plus au poste » pour justifier son comportement envers Asma, aujourd’hui encore suivie sur le plan psychologique.
Des victimes qui ont longtemps gardé le silence
Le cas d’Asma n’est pas isolé. Une jeune collègue, Lucie, 25 ans, a également déposé plainte — c’est elle qui a fait le premier pas, après avoir observé l’isolement progressif d’Asma. Lucie décrit des comportements déplacés répétés : un supérieur consultant des images à caractère pornographique en service, des sous-entendus à caractère sexuel lors d’échanges anodins du quotidien. Elle aussi a attendu près de dix mois avant de saisir les autorités, craignant de perturber l’ambiance au sein du service.
Ce silence, Asma l’explique par la peur de ne pas être crue. « Ça reste un chef », confie-t-elle. Une réticence que l’on retrouve dans d’autres témoignages recueillis au cours de l’enquête : une secrétaire ayant reçu des messages intimes a dû poser elle-même des limites ; une ancienne collègue travaillant dans une autre ville évoque des insultes à caractère sexiste et une tentative d’intrusion physique.
Un comportement qualifié de « méthode de prédateur »
L’avocate des parties civiles, représentant Asma, Lucie et la ville de Livry-Gargan, a dressé un tableau accablant lors des plaidoiries. Pour la défense des victimes, la progression des faits — des propos déplacés aux gestes non consentis — caractérise une démarche délibérée ciblant en priorité les personnes les plus vulnérables. « Tous les voyants sont au rouge dans ce dossier », a-t-elle déclaré.
Le parquet a souscrit à cette analyse. La procureure a souligné que le prévenu n’avait manifesté de regrets qu’au moment où les conséquences professionnelles s’étaient concrétisées, estimant que « le seul moment où il réfléchit, c’est quand ça lui porte tort ».
Huit mois de sursis, révocation et inscription au FIJAIS
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet. Gino S. a été condamné à huit mois d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans, assortis d’une obligation de suivi psychologique axé sur les notions de consentement et de sexisme, ainsi que d’un stage de sensibilisation à la lutte contre les discriminations sexistes.
Il est en outre inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles et violentes (FIJAIS) et se voit interdire tout contact avec les victimes, y compris par voie numérique. Sur le plan indemnitaire, il devra verser 2 500 euros à Asma, 1 000 euros à Lucie et un euro symbolique à la commune de Livry-Gargan.
Administrativement, la sanction avait déjà été prononcée : révoqué de la fonction publique territoriale depuis le 19 mars, Gino S. a indiqué son intention de faire appel. Il comparaissait sans avocat, son conseil étant retenu à l’étranger.
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