Le 22 mars, Pierre, septuagénaire des Yvelines, se donnait la mort après avoir perdu 700 000 euros remis à son voisin et avocat Xavier Cazottes, poursuivi pour escroquerie et abus de faiblesse en bande organisée. Plusieurs dizaines de victimes, des millions engloutis, et une institution ordinale sévèrement mise en cause pour son inaction.

Ruiné par son avocat, un septuagénaire se donne la mort : l’Ordre des avocats de Paris épinglé
Pierre avait 70 ans, une PME, une famille et 700 000 euros d’économies. Il n’a plus rien eu après avoir fait confiance à son voisin, avocat inscrit au barreau de Paris. Le 22 mars dernier, il s’est pendu dans sa maison des Yvelines, à la veille d’une audience disciplinaire concernant cet avocat. Son histoire illustre un scandale judiciaire qui ébranle une institution.
Une confiance trahie jusqu’au bout
Selon les informations du Parisien, Pierre dirigeait encore sa PME lorsqu’il a commencé, à partir de décembre 2024, à remettre de l’argent à Xavier Cazottes. Ce voisin, avocat spécialisé en droit des affaires au sein d’un cabinet parisien huppé avenue de Wagram (XVIIe), lui avait d’abord réclamé un soutien ponctuel en invoquant des difficultés passagères. Puis les versements s’étaient succédé, au fil de promesses d’une opération financière à haut rendement, « sur le point d’être débloquée ». En quelques mois, le septuagénaire avait transféré la totalité de ses économies : 700 000 euros.
L’argent ne reviendra jamais. Au fil des mois, les prétextes s’accumulent — un document manquant, un virement bancaire bloqué, quelques semaines supplémentaires à patienter — et le remboursement recule indéfiniment. Pierre se retrouve étranglé par ses dettes, incapable d’honorer ses fournisseurs. Sa femme, victime d’un grave accident qui l’avait rendue tétraplégique, est décédée fin janvier. « Il espérait récupérer des dividendes pour pouvoir la sauver », confie sa fille, dévastée.
Le mécansime d’une escroquerie présumée à grande échelle
Le profil des victimes alléguées de Me Cazottes est révélateur de son mode opératoire : confrères, clients, amis proches, voisins. À chacun, il aurait présenté la même perspective d’un fonds colossal sur le point d’être libéré — « plusieurs dizaines de millions d’euros » —, nécessitant une avance temporaire pour lever un dernier obstacle administratif ou bancaire. Le remboursement, promis « dans une semaine ou deux » avec des intérêts substantiels, ne venait jamais. Pris dans l’engrenage, certains versaient davantage pour espérer récupérer les sommes précédentes.
Parmi eux, Francis, ancien client de l’avocat, affirme avoir perdu près de 100 000 euros dans ce mécanisme. L’enquête ouverte au parquet de Nanterre pour escroquerie et abus de faiblesse en bande organisée rassemble désormais plusieurs dizaines de plaignants, et les montants détournés se chiffrent en millions d’euros. Les enquêteurs cherchent à retracer le circuit des fonds et à établir le degré d’implication des éventuels complices.
L’Ordre des avocats de Paris face à ses responsabilités
L’institution ordinale est au cœur des critiques. Des signalements auraient été transmis à l’Ordre des avocats de Paris dès octobre 2023, sans que Xavier Cazottes ne soit jamais suspendu ni sanctionné à titre provisoire. Son ancienne supérieure hiérarchique, elle-même mise en cause comme partie civile, fustige cette passivité : faute de radiation, l’avocat a pu continuer à se prévaloir de son titre pour convaincre de nouvelles victimes. « C’est par son activité professionnelle qu’il laissait entendre qu’il disposait de ce dossier lucratif », souligne-t-elle.
L’Ordre répond ne jamais avoir été saisi officiellement par le parquet, et défend ses arbitrages en invoquant la protection des clients en cours de dossiers. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis plus de deux ans, Xavier Cazottes n’aurait plus réglé ses créanciers ni ses cotisations ordinales, et plusieurs organismes publics — dont l’Urssaf — auraient alerté l’institution de dettes dépassant 800 000 euros. En décembre 2025, son activité a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de Paris.
Une décision attendue, des victimes qui n’attendent plus
Lors de son audition devant la commission de discipline de l’Ordre, début avril, Me Cazottes a maintenu une ligne de défense constante : il remboursera tout le monde d’ici juin, grâce au déblocage imminent de l’opération financière. Son avocate réclame qu’on lui laisse la possibilité de continuer d’exercer à cette fin — une demande que ses détracteurs jugent irrecevable, au regard du placement en liquidation judiciaire qui le prive théoriquement du droit d’exercer depuis plusieurs mois.
Une première décision disciplinaire est attendue le 22 avril dans un groupe de neuf dossiers. Une deuxième vague de plaintes suit son propre cours. Plusieurs avocats représentant des victimes envisagent d’assigner l’assurance de l’Ordre en l’absence de médiation. Pour Pierre, tout cela arrive trop tard. Il a été retrouvé pendu le 22 mars dans sa maison familiale des Yvelines — que ses enfants sont contraints de vendre pour éponger les dettes. Sa fille résume : « Il a travaillé toute sa vie comme un fou. Il est mort ruiné. »
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