Un homme de 25 ans, sans diplôme médical, a vendu plus de 44 000 faux arrêts maladie en ligne pour près d’un million d’euros de profits illicites. Interpellé en Loire-Atlantique, il a été mis en examen à Paris et incarcéré à Fleury-Mérogis. Retour sur une fraude sociale d’une ampleur inédite.

Un faux médecin de 25 ans vend 44 000 arrêts maladie en ligne et empoche près d’un million d’euros
Un jeune homme sans aucune qualification médicale a mis en place une plateforme Internet proposant des arrêts de travail à la demande, générant un flux de revenus frauduleux estimé à 49 000 euros par mois. Interpellé fin mars 2026 en Loire-Atlantique, il a été mis en examen à Paris début avril et placé en détention provisoire à Fleury-Mérogis.
Une plateforme médicale fantôme au cœur du dispositif
Tout commence courant 2025, lorsque la section santé publique du parquet de Paris reçoit plusieurs signalements en provenance de parquets régionaux, relate Le Parisien. Tous pointent vers le même phénomène : des arrêts maladie obtenus via un site Internet affichant l’identité d’un médecin inexistant. La mécanique est simple, le modèle économique redoutablement efficace.
En août 2025, l’enquête est confiée à la Brigade de lutte contre la cybercriminalité de la police judiciaire (BL2C). Les investigations numériques permettent rapidement de reconstituer le schéma frauduleux : moyennant 21 euros par transaction, n’importe quel internaute pouvait obtenir, en quelques clics, un arrêt de travail en bonne et due forme — ou du moins en apparence.
44 000 faux documents et près d’un million d’euros de profits
Le bilan est saisissant. Selon des sources proches du dossier, plus de 44 000 faux arrêts maladie ont été générés et vendus entre 2025 et 2026, pour un produit infractionnel estimé à près d’un million d’euros. Le suspect, âgé de 25 ans, aurait perçu jusqu’à 49 000 euros par mois grâce à cette activité illicite, touchant une clientèle dispersée sur l’ensemble du territoire national.
Contrairement à ce que pourrait laisser supposer l’ampleur de la fraude, le dispositif technique n’avait rien de sophistiqué. « Il n’avait pas mis en œuvre de manœuvres pour se dissimuler efficacement », indique une source proche de l’enquête. En revanche, le suspect faisait preuve d’un sens aigu de la concurrence : il n’hésitait pas à dénoncer aux autorités d’autres fraudeurs proposant des services similaires, afin d’éliminer ses rivaux du marché.
Interpellation près de Nantes, aveux en garde à vue
Le 31 mars 2026, les enquêteurs de la police judiciaire localisent le suspect aux environs de Nantes, en Loire-Atlantique. Interpellé le jour même, il est placé en garde à vue dans les locaux de la PJ, rue du Bastion. Les perquisitions menées à son domicile permettent de saisir plusieurs téléphones mobiles et du matériel informatique.
Sans antécédents judiciaires, le jeune homme passe aux aveux lors de sa garde à vue. Le 3 avril 2026, il est mis en examen à Paris pour exercice illégal de la médecine via un réseau de télécommunication à destination d’un public indéterminé, escroquerie en bande organisée, faux et usage de faux, association de malfaiteurs et blanchiment. Il est depuis incarcéré à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, en Essonne. Son avocate, Maître Clémentine Berthier, a indiqué ne pas souhaiter s’exprimer à ce stade de la procédure. Les investigations se poursuivent sous la direction de plusieurs juges d’instruction.
La fraude aux arrêts maladie, un fléau qui mobilise désormais les pouvoirs publics
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de prise de conscience nationale autour de la fraude aux arrêts de travail. En France, 30 000 arrêts sont édités chaque jour, représentant un coût annuel de 18 milliards d’euros pour la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), soit une hausse de 45% depuis 2019.
Face à cette dérive, l’Assemblée nationale a adopté le 7 avril 2026 un projet de loi de lutte contre les fraudes sociales. Le texte prévoit notamment la suspension des indemnités journalières lorsqu’un médecin mandaté par l’employeur estime l’arrêt injustifié, ainsi que l’interdiction du renouvellement d’arrêts par téléconsultation. Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, souhaite par ailleurs mettre à disposition des employeurs un bouton d’alerte numérique, permettant de signaler en temps réel les cas suspects aux contrôleurs de l’assurance maladie, dès la fin de l’année 2026.
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