Le tribunal administratif de Montreuil a suspendu lâarrĂȘtĂ© anti-expulsion du maire de Saint-Denis Bally Bagayoko, jugeant sa lĂ©galitĂ© sĂ©rieusement douteuse. Retour sur une dĂ©cision qui rappelle les limites du pouvoir municipal face Ă la justice judiciaire.

Saint-Denis : la justice suspend lâarrĂȘtĂ© anti-expulsion du maire Bally Bagayoko
Ă peine entrĂ© en fonction, le nouveau maire de Saint-Denis voit lâune de ses premiĂšres dĂ©cisions retoquĂ©e par le tribunal administratif de Montreuil, saisi en urgence par la prĂ©fecture de Seine-Saint-Denis. La dĂ©cision, rendue ce mardi 14 avril, remet en cause la lĂ©galitĂ© dâun arrĂȘtĂ© qui entendait conditionner toute expulsion locative Ă un relogement prĂ©alable.
Un arrĂȘtĂ© municipal mis en veille par la justice
Selon les informations de BFMTV, le tribunal administratif de Montreuil a prononcĂ© ce mardi la suspension de lâarrĂȘtĂ© anti-expulsion signĂ© le 1er avril par Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis. La juridiction, saisie par la prĂ©fecture de Seine-Saint-Denis, a ordonnĂ© cette mesure conservatoire « dans lâattente du jugement au fond devant se prononcer sur sa lĂ©galitĂ© ». En clair : lâarrĂȘtĂ© est gelĂ© jusquâĂ ce quâun tribunal statue dĂ©finitivement sur sa conformitĂ© au droit.
Le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s a fondĂ© sa dĂ©cision sur une jurisprudence bien Ă©tablie du Conseil dâĂtat, selon laquelle « le maire nâest pas compĂ©tent pour sâopposer Ă lâexĂ©cution dâexpulsions dĂ©cidĂ©es par le juge judiciaire ». Sur cette base, le tribunal a conclu Ă lâexistence dâun « doute sĂ©rieux quant Ă la lĂ©galitĂ© de lâarrĂȘtĂ© ».
Une mesure symbolique, mais juridiquement fragile
LâarrĂȘtĂ© en question constituait lâune des toutes premiĂšres initiatives du nouveau maire de la deuxiĂšme ville la plus peuplĂ©e dâĂle-de-France, aprĂšs Paris. Il visait Ă interdire toute expulsion locative en dehors de la trĂȘve hivernale, dĂšs lors quâaucune solution de relogement nâait Ă©tĂ© proposĂ©e Ă la personne concernĂ©e. Le texte stipulait explicitement que « toute mesure de nature Ă priver une personne physique de son lieu de rĂ©sidence, et notamment toute mesure dâexpulsion, doit ĂȘtre prĂ©cĂ©dĂ©e dâun relogement prĂ©alable ».
Bally Bagayoko avait justifiĂ© cette initiative en invoquant la prioritĂ© sociale : « La premiĂšre urgence dans notre ville, câest la question de lâurgence sociale. » Mais la prĂ©fecture avait rapidement contestĂ© le texte, le jugeant « non conforme Ă la loi », avant de saisir la justice administrative.
Un prĂ©cĂ©dent qui se rĂ©pĂšte en Ăle-de-France
Saint-Denis nâest pas un cas isolĂ©. Dâautres communes franciliennes avaient empruntĂ© la mĂȘme voie avant elle, avec le mĂȘme rĂ©sultat. Les villes de Bagneux et de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, avaient adoptĂ© des arrĂȘtĂ©s comparables, Ă©galement suspendus par les tribunaux administratifs Ă la demande des prĂ©fectures compĂ©tentes. Ce schĂ©ma rĂ©current illustre la tension persistante entre des exĂ©cutifs locaux confrontĂ©s Ă une crise du logement aiguĂ« et un cadre lĂ©gal qui rĂ©serve Ă lâautoritĂ© judiciaire le dernier mot en matiĂšre dâexpulsion.
La dĂ©cision au fond, qui tranchera dĂ©finitivement la question de la lĂ©galitĂ© de lâarrĂȘtĂ© de Saint-Denis, reste Ă venir.
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