Un chef de la BAC de Pantin a été condamné à dix mois de prison avec sursis et à une interdiction d’exercer après avoir perforé le tympan d’un adolescent de 17 ans lors d’une garde à vue en mai 2024. Retour sur une affaire qui illustre les tensions entre l’usage de la force et le devoir d’exemplarité des forces de l’ordre.

Le chef de la BAC de Pantin suspendu dix mois après avoir perforé le tympan d’un mineur en garde à vue
Un chef de brigade expérimenté, vingt ans de carrière à Pantin, vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny à dix mois de prison avec sursis et à une interdiction temporaire d’exercer ses fonctions. En cause : une gifle portée sur un adolescent de 17 ans lors d’une garde à vue en mai 2024, ayant entraîné la perforation de son tympan.
Une audience sous tension au tribunal de Bobigny
Le 2 avril 2026, la 14e chambre du tribunal judiciaire de Bobigny a rendu un verdict inattendu pour le chef de la brigade anti-criminalité (BAC) de Pantin, en Seine-Saint-Denis. Abdel M., la quarantaine, cumule deux décennies à la tête de cette unité de terrain particulièrement exposée. La décision du président Youssef Badr l’a visiblement tétanisé : dix mois de prison avec sursis, mais surtout une interdiction d’exercer son métier pendant dix mois, une sanction qui, selon son avocate, pourrait conduire à sa radiation des cadres faute de procédure d’appel suffisamment rapide.
« Il est inenvisageable que quelqu’un ressorte du commissariat avec un tympan perforé », a tranché le magistrat, soulignant que les faits commis par un fonctionnaire aguerri revêtent une gravité particulière au regard du devoir d’exemplarité qui s’impose à tout dépositaire de l’autorité publique.
Les faits : une gifle aux conséquences médicales documentées
Le 19 mai 2024, Rachid (prénom modifié), alors âgé de 17 ans, est interpellé dans le cadre d’une suspicion de trafic de stupéfiants à proximité de son domicile — une procédure classée sans suite depuis lors. Placé en garde à vue dans les locaux du commissariat, le mineur reçoit un coup de la part du chef de brigade dans des circonstances contestées.
Les conclusions médicales établies par l’unité médico-judiciaire (UMJ) sont sans ambiguïté : tympan perforé, six jours d’incapacité totale de travail. Le policier reconnaît lui-même avoir porté un « atemi main ouverte », c’est-à -dire une frappe appliquée à plat de la main sur une zone sensible, qu’il qualifie d’acte de défense face à une tentative de coup de tête du mineur.
Deux versions irréconciliables
Lors de l’audience, les récits des deux protagonistes s’affrontent. Le fonctionnaire affirme que Rachid s’est brusquement levé de son banc en direction de son visage, contraignant une riposte immédiate. Le mineur, lui, soutient qu’il était physiquement attaché au banc et n’aurait donc pas pu se relever : selon lui, plusieurs gifles lui auraient été administrées après qu’il a insulté le policier.
Un second jeune interpellé ce soir-là a confirmé cette version dans son procès-verbal. Une policière présente dans les bureaux voisins serait par ailleurs sortie, alertée par le bruit, pour demander à son collègue de se calmer. Des images issues des caméras piétons, tournées postérieurement aux faits, montrent Rachid en état de grande agitation, hurlant des insultes — ce que l’adolescent lui-même attribue à la douleur et au choc du coup reçu.
Un policier reconnu mais dont le comportement est en question
La défense a mis en avant un parcours sans taches majeures : si quelques convocations devant l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et un blâme figurent au dossier, rien dans les vingt-quatre années de service ne laissait présager d’un comportement systématiquement violent. Le président de chambre l’a lui-même reconnu : « Cette procédure ne remet pas en cause vingt et un ans de carrière. »
Toutefois, le tribunal a relevé la formulation écrite du policier dans ses procès-verbaux, où il qualifie le mineur de termes particulièrement dégradants — des propos que le fonctionnaire a lui-même reconnus inappropriés à l’audience. Le tribunal est allé au-delà des réquisitions du ministère public, qui ne réclamait que quatre mois avec sursis et deux ans d’interdiction de port d’arme, écartant la légitime défense.
Des conséquences professionnelles potentiellement irréversibles
L’avocate du policier, Me Oriane Camus, a immédiatement pointé le paradoxe de la peine prononcée : en l’absence d’une audience en appel programmée avant deux à trois ans, les dix mois d’interdiction d’exercer seront théoriquement purgés avant même qu’un juge d’appel puisse en examiner le bien-fondé. Ce mécanisme prive le condamné de tout recours effectif contre la partie de la sanction la plus lourde de conséquences pour sa carrière.
Rachid, quant à lui, incarcéré dans le cadre d’une autre affaire, a été extrait de cellule et démenotté pour assister à l’audience. Il est convoqué séparément devant le tribunal pour enfants pour des faits d’outrage liés à la même procédure.
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