Une étude de la Fondation pour l’enfance révèle que 36% des parents français légitiment encore la fessée et que 83% ont recours à des violences verbales ou psychologiques. Sept ans après la loi anti-fessée, les pratiques restent préoccupantes.

Violences éducatives : un tiers des parents français justifient encore la fessée, sept ans après son interdiction
Malgré la loi de 2019 prohibant les violences éducatives ordinaires, une étude publiée par la Fondation pour l’enfance révèle que ces pratiques demeurent profondément ancrées dans les familles françaises. Fessée, cris, menaces : le bilan dressé en ce mois d’avril 2026 est préoccupant.
Un tiers des parents favorable aux punitions corporelles
Sept ans après l’adoption de la loi interdisant les violences éducatives ordinaires, leur légitimité reste étonnamment résistante dans l’opinion, relate France Info. Selon un baromètre réalisé par l’IFOP pour la Fondation pour l’enfance, 36% des parents français considèrent encore la fessée comme un outil éducatif acceptable. Un chiffre en très légère baisse par rapport aux années précédentes, mais qui traduit une persistance inquiétante des châtiments corporels dans l’éducation des enfants.
L’enquête, conduite entre janvier et février 2026 auprès de plus de 1 000 parents d’enfants âgés de 0 à 17 ans, dresse un tableau nuancé mais préoccupant des pratiques éducatives en France. Si une prise de conscience progresse lentement, les comportements violent tardent à évoluer en conséquence.
Des violences verbales et psychologiques massivement répandues
Au-delà des punitions physiques, ce sont les violences dites « douces » qui atteignent des proportions alarmantes. Pas moins de 83% des parents interrogés reconnaissent avoir eu recours, au cours de l’année écoulée, à des violences verbales — cris, hurlements — ou psychologiques, comme les menaces, le rejet affectif ou l’ignorance délibérée de l’enfant. Par ailleurs, 37% admettent avoir exercé des violences physiques sur leur enfant.
Les justifications invoquées varient : 39% des parents estiment les punitions corporelles légitimes lorsque l’enfant adopte lui-même un comportement violent, et 21% y voient une réponse appropriée à la désobéissance.
Des conséquences durables sur le développement de l’enfant
Joëlle Sicamois, directrice de la Fondation pour l’enfance, insiste sur le fait qu’aucun acte violent envers un enfant ne doit être minimisé. Dès la petite enfance, un enfant exposé à des réponses violentes intègre que ses émotions ne sont ni entendues ni reconnues. Il assimile progressivement que face à un débordement émotionnel, la réaction de l’adulte passe par la violence physique — un apprentissage aux effets potentiellement durables.
Lorsque ces violences s’inscrivent dans la durée, leurs conséquences peuvent se manifester à l’âge adulte sous des formes diverses : dépression, troubles du comportement alimentaire, anxiété chronique. Fait révélateur, près de la moitié des parents qui croient aux vertus des châtiments corporels reconnaissent eux-mêmes le risque de séquelles à long terme — une contradiction qui illustre la complexité du changement de comportement.
Un écart marqué entre pères et mères
L’étude met en évidence une disparité significative entre les sexes dans la perception des punitions corporelles. Quarante pour cent des pères estiment que certains enfants ont besoin de punitions physiques pour apprendre à bien se comporter, contre seulement 25% des mères. Cet écart de quinze points témoigne de représentations éducatives encore très différenciées selon le genre au sein des familles françaises.
La loi anti-fessée de 2019, insuffisamment relayée
Adoptée le 10 juillet 2019, la loi interdisant les violences éducatives ordinaires — rapidement surnommée « loi anti-fessée » — n’a pas été accompagnée d’une campagne d’information suffisante à destination des parents, regrette la Fondation pour l’enfance. Ce déficit de communication expliquerait en partie pourquoi la législation n’a pas produit les effets escomptés sur les comportements.
La Fondation plaide pour une meilleure sensibilisation au développement de l’enfant, à ses besoins émotionnels et aux séquelles liées aux violences. Elle rappelle également que des ressources existent pour les parents en difficulté : médecins, centres de Protection Maternelle et Infantile (PMI), psychologues et autres professionnels de santé sont autant d’interlocuteurs disponibles pour accompagner les familles vers des pratiques éducatives bienveillantes.
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