Un trafic d’armes à feu organisé autour du Nine Club, discothèque toulousaine de Sesquières : cinq personnes mises en examen, des pistolets vendus jusqu’à 5 000 € et un fusil à lunette saisi. Enquête sur une affaire qui ébranle le monde de la nuit.

Toulouse : un réseau de trafic d’armes démantelé au sein du Nine Club, cinq personnes mises en examen
Un agent de sécurité, deux dirigeants d’une discothèque toulousaine, un ancien gérant et un client : cinq individus liés au Nine Club de Sesquières ont été mis en examen après la découverte d’un trafic d’armes à feu organisé en marge de l’établissement. Des pistolets, un fusil à lunette et près de 20 000 euros en espèces ont été saisis lors des interpellations.
Une enquête née des réseaux sociaux
Tout commence par des vidéos publiées sur Snapchat, relate La Dépêche. Un jeune homme de 23 ans, employé comme videur au Nine Club, y apparaît en possession de ce qui ressemble à des grenades, affichant ouvertement sa détermination à faire face à d’éventuels adversaires. Ces publications attirent l’attention des enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse.
Originaire d’un quartier de Toulouse marqué par les violences liées au trafic de stupéfiants, le jeune homme avait été recruté par l’ancien gérant de l’établissement. Au-delà de ses missions officielles de sécurité, il aurait progressivement endossé un tout autre rôle : celui de fournisseur d’armes.
Un réseau alimenté depuis une cellule de prison
Les investigations — écoutes téléphoniques, filatures et analyse des échanges numériques — révèlent une organisation bien structurée. L’agent de sécurité aurait été épaulé par un ancien habitué du club, alors incarcéré, qui continuait depuis sa cellule à démarcher des acheteurs potentiels.
La clientèle identifiée par les enquêteurs n’est pas anodine : parmi les acquéreurs présumés figurent le gérant actuel du Nine Club, son directeur d’établissement ainsi que l’ancien responsable de la discothèque. Tous trois ont été interpellés mardi et se trouvaient en possession d’armes de poing au moment de leur arrestation.
Des pistolets entre 2 000 et 5 000 euros pièce
Selon les premiers éléments de l’enquête, les armes — une dizaine au total, de calibres variés — auraient été cédées sur ce marché noir entre 2 000 et 5 000 euros l’unité. Aucune grenade n’a toutefois été retrouvée lors des perquisitions, laissant ouverte la question de l’authenticité des engins exhibés dans les vidéos Snapchat.
C’est chez l’ancien directeur de l’établissement que la saisie la plus significative a été réalisée : plusieurs armes dont un fusil à lunette, ainsi qu’une somme d’environ 20 000 euros en liquide. L’intéressé affirme être un simple passionné d’armes à feu. Une version que la justice se chargera de vérifier.
Des versions contradictoires face aux juges
Défendus par Mes Alexandre Parra-Bruguière, Sarah Nabet-Claverie, Jacques Derieux et Michaël Malka, les cinq mis en examen ont livré des récits divergents devant la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Bordeaux, saisie de l’affaire en raison de sa complexité.
Les responsables du club auraient justifié l’acquisition d’armes par la nécessité de se protéger : le Nine Club et les établissements voisins ont en effet été visés à plusieurs reprises par des tirs sur leur façade. L’agent de sécurité, de son côté, conteste fermement toute activité de revente, se présentant comme un simple intermédiaire entre vendeurs et acheteurs. Une nuance que les magistrats apprécieront.
Deux incarcérations et une fermeture administrative à l’étude
À l’issue de leur présentation devant la JIRS ce jeudi, deux des cinq mis en examen ont été placés en détention provisoire. Les trois autres sont soumis à un contrôle judiciaire. Dans tous les cas, l’accès au Nine Club leur est interdit jusqu’à la fin des investigations.
Les faits, selon les enquêteurs, remonteraient à octobre 2023. Une fermeture administrative temporaire de la discothèque est désormais envisagée par les autorités compétentes. Le Nine Club, dont les nuits animées côtoyaient apparemment un trafic d’armes bien réel, n’a pas fini de faire parler de lui.
(Merci Yann Bourguignon)
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