Condamné en 2018 à trente ans de réclusion pour les viols de Karine Jambu, Roland Blaudy va être libéré le 12 mai après seulement huit ans de détention. Grâce au mécanisme de confusion des peines, ce pédocriminel multirécidiviste s’installera à Rennes… la ville où réside sa victime.

Condamné en 2018 à 30 ans de prison pour viols sur mineure, il sera libre le 12 mai — et vivra dans la même ville que sa victime
Karine Jambu avait cinq ans lorsque Roland Blaudy a commencé à la violer. En 2018, son agresseur a été condamné à la peine maximale. Il sera pourtant libéré après seulement huit ans de détention, au bénéfice d’un mécanisme juridique dit de « confusion des peines ». Sa domiciliation à Rennes, là où vit la jeune femme, plonge cette dernière dans un désarroi profond.
Un calvaire d’enfance, une condamnation record
Karine Jambu n’avait que cinq ans lorsque les violences sexuelles ont débuté. Pendant plusieurs années, elle a subi les agressions d’un homme de son entourage, Roland Blaudy, pédocriminel déjà condamné par la justice. Les services sociaux et ses propres parents n’ont pas mis fin à ce calvaire. C’est une tout autre procédure judiciaire, sans lien avec ces faits, qui a finalement conduit à l’incarcération de l’agresseur.
En 2018, alors que Karine Jambu a vingt ans, son violeur comparaît enfin devant la cour d’assises. Il reconnaît les faits, déclarant qu’il ne « pensait pas que c’était mal ». La juridiction prononce à son encontre trente ans de réclusion criminelle — la peine maximale prévue par la loi française. Une condamnation qui semblait devoir le maintenir derrière les barreaux jusqu’à un âge avancé.
Huit ans plus tard, la liberté au bout du couloir
Karine Jambu a aujourd’hui vingt-neuf ans. En novembre dernier, elle apprenait que Roland Blaudy avait formulé une demande d’aménagement de peine. « Je suis effondrée », confiait-elle alors. Le mercredi suivant, ses craintes se sont concrétisées : un courrier du juge d’application des peines lui a notifié la libération prochaine de son agresseur, fixée au 12 mai, à l’issue de sa détention à la prison de Caen, rapporte 20 Minutes.
La magistrate motive sa décision en indiquant que le condamné « a purgé sa peine d’emprisonnement criminelle » et que « sa dangerosité a été réduite par le travail effectué en détention ». Un suivi « particulièrement renforcé » est néanmoins prévu à sa sortie.
La confusion des peines : un mécanisme légal aux effets dévastateurs pour la victime
Comment un homme condamné à trente ans en 2018 peut-il être libre après huit ans ? La réponse se trouve dans l’article 132-3 du Code pénal, qui consacre le principe de la confusion des peines. Roland Blaudy avait été condamné une première fois en 2007 à dix-huit ans de réclusion pour des viols commis sur sa propre fille. Lors de sa condamnation de 2018, les deux peines ont été fusionnées : la plus longue a absorbé la précédente, sans que les durées s’additionnent. La période de sûreté étant désormais achevée, le cadre légal lui ouvrait le droit à formuler une demande d’aménagement — demande qui vient d’être acceptée.
« S’installer dans la même ville que moi » : un choc supplémentaire
Le courrier judiciaire réserve à la victime un second traumatisme. Roland Blaudy, 74 ans, sera domicilié à Rennes — la ville où Karine Jambu réside. La juge justifie cette situation par le fait que le condamné « n’a pas d’autre adresse », estimant que cette « situation inconfortable n’a pu être évitée ». Une formulation qui a suscité une vive réaction de la jeune femme et de son entourage.
« Ça me dégoûte. Je ne comprends pas comment c’est possible. Comment on peut laisser une personne comme ça sortir de prison et s’installer dans la même ville que moi ? », témoigne Karine Jambu. L’homme dispose certes d’une interdiction d’entrer en contact avec elle de quelque manière que ce soit pendant quinze ans — mais la proximité géographique rend cette garantie difficile à vivre. « J’aurais aimé qu’il disparaisse pour toujours. Il a bousillé une partie de ma vie et on le libère. Je fais quoi, moi ? J’arrête de sortir ? »
La famille et les proches en colère
La tante de Karine Jambu, Laurence Brunet-Jambu, qui a mené de longue date des combats judiciaires contre l’État et les institutions pour la défaillance dans la protection de l’enfant, réagit avec virulence. « C’est elle qu’on condamne à nouveau. C’est comme si on remettait la victime en prison. Cet homme est un violeur multirécidiviste. Qui peut affirmer qu’il ne recommencera pas ? »
Roland Blaudy a en effet été condamné à au moins trois reprises pour des faits de viols ou d’agressions sexuelles sur une quinzaine de mineures, sa première condamnation remontant à 1997.
« Je me sens trahie par la justice »
Karine Jambu se retrouve aujourd’hui sans recours juridique face à cette décision. « Ça sert à quoi de prononcer trente ans de prison si c’est pour libérer l’homme après huit ans ? C’est pour calmer la victime ? Je me sens trahie par la justice », lâche-t-elle, amère et anéantie.
Son parcours avait pourtant déjà fait l’objet d’une attention nationale : un livre intitulé Signalements, puis un téléfilm réalisé par Éric Métayer, avaient mis en lumière les failles systémiques de la protection de l’enfance et des services sociaux. Dès sa naissance, des professionnels de santé s’étaient inquiétés du comportement de sa mère — une femme déjà condamnée pour avoir causé la mort de son enfant précédent — sans que cela empêche les autorités de lui en confier la garde. Des alertes ignorées, une enfance sacrifiée, et aujourd’hui, une libération anticipée : pour Karine Jambu, la justice semble avoir failli à chaque étape.
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