À Vincennes et Maisons-Alfort, des individus vident les boîtes à livres pour les revendre en ligne. Un phénomène qui divise riverains et élus dans le Val-de-Marne.

Dans le Val-de-Marne, des boîtes à livres systématiquement pillées pour être revendus en ligne
À Vincennes et Maisons-Alfort, des individus s’approprient les ouvrages déposés dans les boîtes à livres pour les écouler sur des plateformes de revente. Un détournement qui suscite l’incompréhension des habitants et l’impuissance des élus locaux.
Des armoires à livres sous haute surveillance
Devant l’église Notre-Dame de Vincennes, une boîte à livres en forme de tronc d’arbre attire chaque matin une foule de curieux. Lecteurs assidus, promeneurs de passage, parents avec enfants — tous fouillent avec enthousiasme cet espace de partage gratuit installé à quelques mètres de l’hôtel de ville. Pourtant, parmi les habitués, certains visiteurs ont un tout autre profil et une tout autre motivation, relate Le Parisien.
Un homme se distingue rapidement. Il ne dépose rien, ne feuillette pas. En quelques minutes, il repart avec une poignée d’ouvrages dans son sac à dos — non pas pour les lire, mais pour les monnayer.
Un protocole de revente bien rodé
Le procédé est méthodique. Une fois les livres récupérés, l’individu s’installe sur un banc voisin, pile d’ouvrages sur les genoux, smartphone en main. Il scanne un à un les codes-barres figurant en quatrième de couverture à l’aide d’applications spécialisées — Momox, Recyclivre, La Bourse aux livres — qui fournissent instantanément une estimation du prix de rachat. Quelques centimes pour un roman de poche, parfois plusieurs euros pour un ouvrage en bon état ou plus rare.
Interpellé, l’homme a choisi la fuite plutôt que l’explication, niant les faits avant de disparaître en direction de la gare. Le schéma, lui, est bien connu des riverains.
Entre indignation et indifférence
Chez les lecteurs réguliers, la réaction est partagée. « Revendre ces bouquins, ce n’est vraiment pas l’esprit des boîtes à livres », s’indigne Michel. D’autres usagers vont plus loin, recourant à des méthodes préventives : barrer les codes-barres au marqueur, rayer l’ISBN à la main, ou encore inscrire « don » sur la tranche des pages pour rendre toute revente commerciale impossible.
Certains, en revanche, relativisent. « Les gens qui font ça ont certainement besoin d’argent », tempère une habitante. Vincent, Vincennois lui aussi, balaie la polémique d’un revers de main : « On s’en fout. Ça vaut que dalle à la revente, les gens fantasment. » Il s’agace davantage, dit-il, de ceux qui sabotent délibérément les livres pour empêcher toute revente.
Des élus démunis face au phénomène
Le problème dépasse les frontières de Vincennes. À Maisons-Alfort, dont chaque quartier est équipé d’au moins une boîte à livres éclairée la nuit, le maire LR Romain Maria reconnaît une situation préoccupante, notamment près du métro École-Vétérinaire. « Des gens viennent avec de gros sacs et récupèrent les livres. Du coup, cette boîte est souvent vide ou presque. C’est vraiment dommage », déplore-t-il.
Face à ce phénomène, les leviers d’action restent limités. L’élu envisage une campagne de sensibilisation sur le marquage des ouvrages, sans pouvoir aller plus loin sur le plan réglementaire. Pour pallier les armoires vides, la médiathèque municipale est désormais chargée de réapprovisionner régulièrement les boîtes à livres, de façon équilibrée dans chaque secteur de la ville.
Partage ou commerce : et si c’était les deux ?
Pour certains, le débat est finalement secondaire. Franck, habitant de Vincennes, préfère y voir le verre à moitié plein : « Au final, tout cela fait circuler les livres. Qu’ils soient échangés gratuitement ou vendus quelques centimes, ils seront lus par quelqu’un. C’est le principal, non ? » Une philosophie pragmatique qui ne convainc pas tout le monde, mais qui rappelle que, même détourné, le livre continue de voyager.
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