Le rappeur Booba condamné à 3 mois de sursis et 50 000 € d’amendes pour cyberharcèlement et injure raciale envers une journaliste de France Télévisions.

Booba condamné pour cyberharcèlement : trois mois de sursis et 50 000 € d’amendes
Le tribunal correctionnel de Paris a rendu son verdict ce mardi 2 juin : le rappeur Booba, de son vrai nom Élie Yaffa, est reconnu coupable de cyberharcèlement et d’injure raciale envers la journaliste Linh-Lan Dao, de France Télévisions. Une double condamnation qui marque un tournant dans la lutte contre le harcèlement numérique orchestré par des personnalités à forte audience.
Une condamnation en deux volets
Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé une peine de trois mois de prison avec sursis assortie de 30 000 euros d’amende à l’encontre du rappeur pour les faits de cyberharcèlement et d’injure raciale visant la journaliste Linh-Lan Dao, relate RTL. Dans un second dossier jugé à la même audience, l’artiste a également été condamné à 20 000 euros d’amende supplémentaires pour injure raciale envers le chroniqueur Tristan Mendès-France. Au total, Booba devra s’acquitter de 50 000 euros d’amendes et verser 4 000 euros de dommages-intérêts à la plaignante principale.
L’origine de l’affaire : un article de fact-checking qui déclenche une tempête
Tout a commencé au printemps 2024, lorsque Linh-Lan Dao publie un article de vérification scientifique examinant les affirmations du rappeur sur un supposé lien entre les vaccins contre le Covid-19 et la maladie de Creutzfeldt-Jakob. En réponse, Booba multiplie les publications sur le réseau social X, devant ses plus de six millions d’abonnés, visant directement la journaliste. Ces messages déclenchent aussitôt une vague de harcèlement en ligne à son encontre. Linh-Lan Dao dépose plainte en avril 2024.
Des propos à caractère sexiste et raciste retenus par les juges
Dans sa décision, le tribunal relève la dimension doublement discriminatoire des attaques. Les magistrats estiment que les messages du rappeur renvoyaient la journaliste à sa seule identité de femme d’origine asiatique, constituant ainsi une forme d’essentialisation à caractère malveillant. Le jugement souligne que ces publications ne visaient pas à débattre sur le fond, mais à intimider une professionnelle des médias dans l’exercice de ses fonctions, au seul motif que ses conclusions contredisaient celles du rappeur.
“Pour la faire taire” : la liberté de la presse en jeu
La formule des juges est sans ambiguïté : les messages de Booba constituaient des “attaques gratuites” destinées à “faire taire” une journaliste. Cette qualification place l’affaire au-delà du simple conflit entre un artiste et un média — elle touche directement à la protection des journalistes contre les pressions numériques. Le tribunal a également retenu que Booba, en tant que personnalité dotée d’une large communauté en ligne, endossait une responsabilité particulière dans la diffusion et l’amplification de ces attaques.
La même logique a prévalu pour le second dossier : le chroniqueur Tristan Mendès-France, qui avait publiquement pris la défense de la journaliste, avait lui aussi été la cible de publications jugées antisémites par le tribunal, en raison de références à ses traits physiques.
Les réactions après le verdict
L’avocate de Linh-Lan Dao, Maître Ilana Soskin, a salué un jugement reconnaissant la responsabilité d’un influenceur face à sa communauté. La journaliste elle-même a exprimé un profond soulagement et son souhait de “tourner la page”. Du côté de la défense, Maître Marie Roumiantseva a annoncé faire appel des deux condamnations, laissant présager une suite judiciaire à cette affaire au retentissement national.
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