Sept ans après une agression au couteau devant une discothèque de Montpellier, un vice de procédure force la tenue d’un troisième procès aux assises.

Vice de procédure aux assises : sept ans après une tentative de meurtre en discothèque à Montpellier, tout est à recommencer
Un simple écart entre la feuille des questions et l’arrêt écrit suffit à faire tomber deux procès. Quatre hommes condamnés pour l’agression au couteau d’un employé de la discothèque l’Entrepôt en 2019 vont être rejugés, vraisemblablement à Carcassonne. Pour la victime, c’est une épreuve supplémentaire. Pour la justice criminelle régionale, déjà sous pression, c’est un nouveau dossier à absorber.
Une nuit d’été 2019 qui bascule dans la violence
Aux premières heures du 30 août 2019, alors que la discothèque l’Entrepôt de Montpellier vient de fermer ses portes, un homme s’affaire seul à l’extérieur de l’établissement. Employé chargé du nettoyage, il balaie le sol devant la façade quand un groupe surgit et se jette sur lui. Roué de coups, il est grièvement blessé d’un coup de couteau à la gorge. Seule sa présence d’esprit lui sauve la vie : il prend le volant, maintient d’une main la blessure sur son cou et rejoint l’hôpital par ses propres moyens. Une caméra de surveillance capte la scène, mais la séquence de 26 secondes, floue et pixélisée, ne permet aucune identification formelle.
Une expédition punitive après un différend avec la sécurité
L’enquête oriente rapidement les investigations vers un groupe de Parisiens en vacances dans la région, dont certains membres auraient eu un accrochage avec le service de sécurité de la discothèque pendant la soirée. Selon les éléments du dossier, ils seraient revenus après la fermeture pour se venger, s’en prenant au premier employé présent — un homme souffrant d’un handicap, sans aucun lien avec les agents de sécurité à l’origine du conflit. Six membres du groupe sont mis en examen pour tentative de meurtre. L’un d’eux, toujours en fuite, n’a jamais été interpellé.
Deux procès aux assises, deux condamnations
Le 30 mai 2024, après une semaine d’audiences tendues devant la cour d’assises de Montpellier, les cinq accusés présents sont condamnés. La cour va au-delà des réquisitions du ministère public : l’auteur présumé du coup de couteau est condamné à 20 ans de réclusion, ses coaccusés à 15 et 14 ans. Trois des condamnés, comparaissant libres, font appel.
Le dossier est réexaminé au printemps 2025 devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales, à Perpignan. Les débats apportent des éléments nouveaux : deux accusés reconnaissent leur présence sur les lieux. L’avocat général requiert la requalification en tentative d’assassinat, retenant la préméditation. La cour suit : l’auteur du coup de couteau est condamné à 19 ans, trois coaccusés à 16 ans, le dernier voit sa peine ramenée à 10 ans ferme.
La préméditation retenue à l’audience, absente dans l’arrêt écrit
C’est à la lecture de l’arrêt rédigé que tout s’effondre, rapporte Le Midi libre. Les avocats de la défense relèvent une discordance majeure : si la préméditation a bien été retenue lors des délibérations, entraînant la qualification de tentative d’assassinat, elle n’apparaît nulle part dans le texte officiel de la décision. L’arrêt écrit ne mentionne que la tentative de meurtre — une infraction moins grave, qui ne suppose pas de préméditation.
La Cour de cassation, dans un arrêt rendu le 15 avril dernier, tire les conséquences de cette contradiction : « En raison de ces discordances entre les énonciations de la feuille des questions et celle de l’arrêt, la cassation est encourue. » Les condamnations de quatre des accusés sont annulées. Un troisième procès devra se tenir, vraisemblablement devant la cour d’assises de Carcassonne, dans un délai encore indéterminé.
La victime face à un troisième procès
Pour les avocats de la partie civile, la décision est un coup dur supplémentaire. « C’est un calvaire judiciaire », résume Me Anthony Chabert, qui défend la victime aux côtés de Me Sevenier. « Humainement, c’est très difficile d’imposer un troisième procès à quelqu’un qui va devoir, une nouvelle fois, raconter ce qu’il a subi. On a l’impression d’être dans un jour sans fin, sans parler des coûts et de la logistique très lourds pour l’institution judiciaire. »
Du côté de la défense, le ton est tout autre. Me Laurent Pasquet-Marinacce et Me Youri Krassoulia, avocats du plus lourdement condamné, voient dans cette cassation une opportunité de rétablir la vérité. Ils pointent notamment l’absence persistante d’un témoin clé, en fuite depuis les faits, qui ne s’est présenté à aucun des deux précédents procès malgré leurs demandes répétées.
L’engorgement de la justice criminelle régionale en toile de fond
Cette affaire illustre, une fois de plus, la fragilité que peut introduire une erreur formelle dans un dossier d’assises. Une seule discordance rédactionnelle suffit à anéantir deux semaines de procès, des mois de préparation et des années d’attente pour toutes les parties. En attendant la fixation d’une date pour ce troisième procès, les quatre accusés concernés devraient déposer des demandes de mise en liberté. La cour d’appel de Montpellier, qui supporte déjà un stock important d’affaires criminelles en attente, devra absorber ce nouveau renvoi dans son agenda déjà saturé.
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