À Villeurbanne, le collectif « Des Clefs pour Toi(t) » lance une collecte pour acheter un appartement afin de loger une famille de clandestins. 170 parrains recherchés.

À Villeurbanne, des citoyens s’unissent pour acheter un appartement afin de loger une famille de clandestins
Depuis 2018, le collectif villeurbannais « Des Clefs pour Toi(t) » accompagne des familles sans domicile fixe à travers des solutions d’urgence. Aujourd’hui, avec l’appui de l’association nationale « Toit à Moi », il franchit un cap inédit : collecter des fonds pour acquérir un appartement et offrir un toit durable à une famille de clandestins.
Quand des parents d’élèves refusent de baisser les bras
Tout commence dans une école de Villeurbanne, relatent Le Progrès et Lyon demain. En 2018, des parents d’élèves de l’école Anatole-France apprennent que des camarades de leurs enfants dorment dehors, faute de logement. Leur réaction est immédiate : se mobiliser. Hébergements de fortune chez des proches, cagnottes en ligne, nuits d’hôtel financées au cas par cas… Le collectif « Des Clefs pour Toi(t) » naît de cette urgence partagée, porté par quatre initiateurs déterminés à ne pas laisser des familles entières livrées à elles-mêmes.
Parmi eux, Fabrice Besnard résume la réalité de ces années d’accompagnement sans filet : « On était dans l’impossibilité de trouver une solution pérenne. Ce n’était que du bricolage, de l’urgence, sans lendemain. Et c’est difficile de construire une enfance quand on est baladé de logement en logement pendant huit ans. »
Les limites des solutions d’urgence
Squats temporaires, hébergements d’une nuit, occupations d’écoles : ces dispositifs ont permis de tenir, mais ils montrent aujourd’hui leurs limites. Pour les familles les plus fragilisées, l’instabilité chronique du logement pèse directement sur la scolarité des enfants et leur développement. À Villeurbanne, plusieurs ménages avec enfants subissent encore des nuits à l’hôtel, épuisant autant les familles que les bénévoles qui les soutiennent.
Pour le collectif, il est désormais temps de changer d’approche. Non plus colmater les brèches, mais construire une solution durable.
Le « droit à l’habiter » : bien plus qu’un toit
La philosophie défendue par « Des Clefs pour Toi(t) » dépasse la simple mise à l’abri. Elle repose sur le concept du droit à l’habiter : préserver les liens sociaux, maintenir la continuité scolaire des enfants et garantir l’ancrage d’une famille dans son quartier d’adoption.
« Quand on habite à Villeurbanne, on n’est pas juste une adresse sur une boîte aux lettres. On est inséré dans un tissu social, et c’est ce droit-là qu’on veut défendre », insiste Fabrice Besnard.
Cette vision trouve un écho concret dans le partenariat noué avec l’association « Toit à Moi », structure nantaise forte de vingt ans d’expérience dans l’acquisition de logements et l’accompagnement social individualisé des personnes sans domicile.
Un partenariat national pour combler les failles du système
L’alliance entre le collectif villeurbannais et « Toit à Moi » est inédite à plus d’un titre. L’association nationale, qui accompagnait jusqu’ici principalement des personnes isolées, s’ouvre pour la première fois à la problématique des familles entières.
Amaury Leclercq, délégué général adjoint de « Toit à Moi », explique ce tournant : « C’est une vraie première pour nous. Grâce à la rencontre avec le collectif de Villeurbanne, on a compris qu’il y avait un besoin réel pour les familles. L’idée, c’est de dupliquer notre modèle : acheter des appartements grâce à des donateurs, et proposer un double accompagnement social et bénévole pour aider ces personnes à rebondir. »
Cette complémentarité permet de combiner la connaissance fine du terrain local et l’ingénierie financière et sociale de la structure nationale pour combler les angles morts des dispositifs publics.
170 parrains pour changer une vie : comment ça marche ?
Acquérir un appartement en zone urbaine tendue représente un effort financier important. Mais le modèle imaginé repose sur la solidarité collective et le micro-don, accessible au plus grand nombre.
Le défi est précis : mobiliser 170 parrains et marraines, prêts à s’engager sur un don moyen de 20 € par mois pendant cinq ans. Grâce à une défiscalisation à hauteur de 75%, ce soutien ne représente en réalité que 5 € par mois, soit environ 60 € par an pour le donateur.
« Statistiquement, c’est une goutte d’eau dans la mer, mais pour ces trois enfants-là, ça change tout. Soit ils dorment à la rue, soit ils ont un toit pour vivre leur enfance. Rien que ça, ça vaut le coup », se réjouit Fabrice Besnard.
Objectif : un appartement avant la rentrée de septembre
Le calendrier fixé par les porteurs du projet est ambitieux. L’objectif est de réunir les parrains nécessaires avant l’été, de procéder à l’achat dans la foulée, et d’accueillir la famille dans son nouveau logement dès la rentrée de septembre.
« C’est un beau défi, et on compte sur la mobilisation des Villeurbannais », souligne Amaury Leclercq.
Ce logement tremplin n’a pas vocation à héberger les familles indéfiniment. La durée d’accompagnement envisagée, généralement entre trois et cinq ans, doit permettre à chaque ménage de retrouver une autonomie financière et d’accéder ensuite à un logement classique dans le parc locatif ordinaire. Une façon concrète et humaine de redonner à ces familles leur place de citoyens à part entière.
(Merci Yann Bourguignon)
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