Prison d’Angoulême : 44 des 65 surveillants en arrêt maladie après la garde à vue de six collègues. Syndicats et agents réclament le départ du directeur.

Prison d’Angoulême : 44 surveillants sur 65 en arrêt maladie après la garde à vue de six collègues
À la maison d’arrêt d’Angoulême (Charente), les deux tiers du personnel de surveillance sont absents. Cette vague d’arrêts maladie fait suite au placement en garde à vue de six agents, après la plainte d’un détenu pour violences. Trois d’entre eux ont été suspendus. Des syndicats demandent le départ du chef d’établissement.
Une vague d’arrêts maladie sans précédent
Sur 65 agents pénitentiaires, 44 sont actuellement en arrêt maladie à Angoulême, relate ICI. Avant les événements récents, ils étaient 12. La situation fragilise le fonctionnement d’un établissement déjà soumis à de fortes contraintes.
La surpopulation carcérale pèse en effet sur les maisons d’arrêt, où le taux d’occupation a atteint 176% au 1ᵉʳ septembre, un niveau record. Pourtant, selon plusieurs agents, ce n’est pas ce facteur qui explique cette fois les absences. Le déclencheur serait la garde à vue de six de leurs collègues.
Une intervention en juillet à l’origine de la plainte
Les faits remontent à juillet. Les surveillants interviennent pour maîtriser un détenu qui aurait mis le feu à sa cellule à plusieurs reprises. L’homme dépose ensuite plainte pour violences.
Six agents sont placés en garde à vue, puis trois sont suspendus. Ces derniers doivent comparaître devant le tribunal en mars prochain. Ils sont présumés innocents et la justice devra établir ce qui s’est réellement passé.
« Une procédure à charge », dénonce un surveillant
Un agent de 25 ans de carrière, qui témoigne sous le prénom modifié de Pierre par crainte de représailles, dit vivre cette séquence comme un choc. Il affirme ne plus réussir à dormir. Selon lui, certains collègues n’auraient pas pu se présenter devant l’établissement, « pétrifiés » à l’idée de reprendre leur poste.
Il estime que la procédure interne a été menée uniquement à charge. D’après lui, le chef d’établissement aurait reçu le détenu pendant environ une heure et demie, sans entendre les agents. Il aurait aussi analysé seul les images de vidéosurveillance. Ces déclarations reflètent le point de vue d’un agent et n’ont pas été confirmées par la direction.
Fatigue, heures supplémentaires et rupture de confiance
Le témoin décrit un climat déjà éprouvant. Certains agents cumuleraient entre 400 et 600 heures supplémentaires depuis le début de l’année. Il évoque des week-ends sacrifiés, des tensions familiales et des collègues en grande difficulté personnelle.
La CGT et Force ouvrière réclament le maintien des salaires des agents suspendus, ainsi que le départ du chef d’établissement, en poste depuis un an. Selon le témoin, le problème n’est plus la surpopulation ni le manque d’effectifs, mais la perte de confiance envers la direction. Il rapporte par exemple qu’après un coup de poing reçu par l’un de ses collègues, le chef d’établissement lui aurait dit, en le croisant dans un couloir : « C’est vous qui avez reçu un petit coup ? Ça ira demain. »
Une direction silencieuse
Sollicitées à plusieurs reprises, la direction de la maison d’arrêt d’Angoulême et la direction de l’administration pénitentiaire n’ont pas répondu. Dans l’attente de leur réaction et de l’audience de mars, la tension reste vive au sein de l’établissement.
(Merci Rudy van Cappellen)
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