Deux médecins suspendus après des circoncisions rituelles ayant causé un décès et des blessures graves. Des poursuites judiciaires sont en cours à Bordeaux.

Deux médecins exerçant en Gironde viennent d’être lourdement sanctionnés par l’Ordre des médecins pour des actes médicaux pratiqués en marge de toute structure de soin formelle, dans le cadre de circoncisions dites « rituelles ».
Ces interventions, qui ont causé la mort d’un nourrisson de deux mois et de multiples complications chez d’autres enfants, continuent de soulever des questions sur l’encadrement juridique et déontologique de ces pratiques en France.
🔍 Un nourrisson décédé après une anesthésie non conforme
Le 25 mai 2022, à Latresne (Gironde), un nourrisson de 2 mois est circoncis dans une maison louée pour la journée par le Centre de circoncision rituelle (CCR). Le docteur Alain Mouchnino, médecin généraliste venu de Nice, administre au bébé une anesthésie loco-régionale, un geste normalement réservé à un anesthésiste-réanimateur.
L’enfant est renvoyé chez lui après l’intervention. Dans l’après-midi, les parents constatent une hypothermie et un état léthargique. Ils tentent de contacter l’équipe médicale sans succès, puis reviennent précipitamment sur les lieux. L’enfant décède à 17h. Le médecin, mis en examen pour homicide involontaire, conteste sa responsabilité, affirmant avoir effectué une simple anesthésie locale. Néanmoins, la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins lui reproche un manque de préparation, l’absence de traçabilité des doses injectées, et l’inadéquation du lieu, sans matériel de réanimation.
⚠️ Un second médecin mis en cause pour de multiples blessures
Le docteur David Assuied, autre médecin lié au CCR et installé à Bordeaux, a quant à lui été sanctionné pour des pratiques répétées de circoncisions sans consultation préalable, sans suivi post-opératoire ni prescription de traitements antalgiques.
Les interventions ont été réalisées dans un local insalubre du quartier Saint-Michel, parfois avec l’aide de parents ou d’un imam. Plusieurs enfants ont subi des douleurs aiguës, des hémorragies, et au moins un cas a nécessité une chirurgie réparatrice en urgence. L’Ordre lui reproche également un mépris manifeste des règles d’hygiène et d’asepsie, et une sous-évaluation flagrante de la douleur des patients mineurs.
Lui aussi est mis en examen pour blessures involontaires, dans une instruction pénale toujours en cours.
🏛️ Un encadrement flou des pratiques rituelles en France
Ces deux affaires mettent en lumière les zones grises autour de la tolérance des actes religieux à caractère chirurgical en France. Bien que non interdite, la circoncision non médicale repose sur une simple tolérance juridique, sans cadre réglementaire strict, dès lors qu’elle est réalisée hors du champ médical.
Le CCR, qui organise ces actes dans plusieurs villes françaises contre rémunération, n’a à ce jour pas été mis en cause par la justice. Mais les deux médecins, eux, ont été interdits d’exercer la médecine pendant trois ans (dont un an avec sursis pour le second), et restent sous le coup de procédures judiciaires.
⚖️ Un débat relancé sur la sécurité des enfants et les responsabilités médicales
Ces décisions disciplinaires relancent le débat sur la place de la médecine dans les rites religieux, et sur la nécessité d’un encadrement plus strict pour protéger les enfants. Les avocats des familles victimes pointent des pratiques commerciales déguisées et des violations graves du serment médical.
Les deux médecins contestent les sanctions et entendent faire valoir leur version devant la justice. Pendant ce temps, le Centre de circoncision rituelle continue ses activités dans sept villes de France, selon son site web, sans contrôle sanitaire connu.
Pour en savoir plus : Sud-ouest (abonnés)
(Merci Rudy van Cappellen)
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