Bernadette Chirac, veuve de l’ancien président et figure discrète mais redoutable de la politique française, est décédée à 93 ans. Retour sur un destin exceptionnel.

Bernadette Chirac s’est éteinte à 93 ans : le portrait d’une femme au destin exceptionnel
Annoncé par sa fille Claude Chirac à l’AFP, le décès de Bernadette Chirac marque la fin d’un chapitre majeur de l’histoire politique française. Épouse, conseillère, élue et militante, elle aura tracé un chemin singulier, bien au-delà du simple rôle de première dame.
Une rencontre improbable sur les bancs de Sciences-Po
Rien, dans ses origines, ne semblait destiner Bernadette Chodron de Courcel à devenir l’une des figures les plus emblématiques de la Ve République. Élevée dans une famille catholique pratiquante issue de la noblesse, elle croise en 1951, sur les bancs de Sciences-Po Paris, un certain Jacques Chirac. La méfiance est immédiate de sa part. «C’était pas du tout le même milieu social», confiera-t-elle des années plus tard. De son côté, la famille aristocratique de Bernadette voit d’un mauvais œil cette relation avec un roturier.
Pourtant, contre toute attente, la jeune femme impose cette union. En 1956, elle devient Bernadette Chirac et choisit résolument de se mettre au service des ambitions politiques de son mari, tout en affichant une réserve publique presque absolue.
Les blessures silencieuses d’une épouse fidèle
Derrière la façade d’un couple exemplaire et raffiné — ils se vouvoyaient en public — se cachaient des épreuves intimes considérables. Les infidélités répétées de Jacques Chirac ont été endurées dans un silence digne, presque stoïque. «Les papillons tournaient autour de la lampe et j’en ai eu des inquiétudes et des chagrins. Au début, j’ai eu beaucoup de chagrin. Puis après, je m’y suis faite», témoignait-elle.
Dans une époque où le divorce était socialement inenvisageable, surtout pour un homme politique en ascension, Bernadette Chirac a fait le choix de rester. Un choix qu’elle assumait pleinement, avec une lucidité tranchante : «Je suis plutôt une guerrière. Quand on a épousé un guerrier, il vaut mieux se battre.»
Une élue de terrain, loin des projecteurs parisiens
Loin de se cantonner au rôle d’accompagnatrice, Bernadette Chirac s’est taillé une place dans l’arène politique à part entière. Élue conseillère municipale puis conseillère générale en Corrèze, elle devient la première femme du département à siéger au conseil général. Son fief de Sarran lui offre une légitimité locale solide, qu’elle cultivera toute sa vie.
Reconnue pour son sens politique aiguisé, elle alternait entre la Corrèze et Paris, suivant son mari à Matignon, puis à l’Hôtel de Ville, avant la consécration suprême : l’Élysée, le 7 mai 1995. Elle était de ceux qui avaient su, dès 2002, anticiper le score historique de Jean-Marie Le Pen au premier tour de la présidentielle.
Une conseillère dans l’ombre, au flair redouté
Jacques Chirac lui-même reconnaissait l’influence de son épouse dans ses décisions. Il la surnommait affectueusement «la mouche du coche». En 1997, elle lui avait conseillé de ne pas dissoudre l’Assemblée nationale — avertissement qui ne fut pas suivi, avec les conséquences que l’on sait.
Directe, parfois cassante, toujours stratège, Bernadette Chirac n’avait de «discrète» que l’apparence. Sa personnalité s’imposait naturellement, avec une franchise qui déconcertait souvent les observateurs habitués aux convenances de la politique.
Le combat d’une mère : Laurence et la Maison de Solenn
Au-delà du politique, c’est le drame familial qui a forgé la dimension la plus humaine de Bernadette Chirac. La maladie de leur fille Laurence, frappée d’anorexie sévère et plusieurs fois en danger de mort, a profondément marqué le couple. «Ça nous a évidemment tous les deux un peu broyés», confiait-elle.
Elle en fait un combat public. En 2004, elle inaugure la Maison de Solenn, établissement dédié à la prise en charge des adolescents souffrant de troubles du comportement alimentaire, financé en grande partie par la Fondation des hôpitaux de Paris, qu’elle préside jusqu’en 2019. L’opération Pièces jaunes, qu’elle défend avec une énergie inépuisable, lui vaut la Légion d’honneur.
Un dernier silence après la perte des siens
La mort de Laurence Chirac, puis celle de Jacques en septembre 2019, ont marqué la fin publique de Bernadette Chirac. Déjà fragilisée par l’âge, elle ne fera plus d’apparition. Elle avait pourtant résumé avec une sérénité rare le sens qu’elle donnait à son existence : «J’ai une vie tout à fait exceptionnelle. J’en ai conscience. Je n’ai pas fait le même chemin que tout le monde, mais je ne suis pas ennuyée dans la vie. J’ai aimé ce que j’ai fait.»
(Merci Rudy van Cappellen)
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