Le transfert de 2 700 agents du ministère de l’Intérieur depuis Paris vers Saint-Denis inquiète une large partie du personnel. Crainte de l’insécurité, trajets rallongés et flex office : la grogne monte avant le grand déménagement prévu pour 2027.

Un déménagement massif vers Saint-Denis
Le ministère de l’Intérieur prépare un vaste déménagement : d’ici au premier trimestre 2027, 2 700 agents administratifs quitteront le site Lumière, situé dans le 12ᵉ arrondissement de Paris, pour rejoindre Universeine, dans la commune de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Ce nouveau complexe moderne, installé sur le site de l’ancien village des athlètes des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, abritera désormais les directions du ministère dédiées aux ressources humaines, aux finances et au numérique.
Le futur bâtiment, d’une superficie de 40 000 m², sera écologique et autonome, avec 8 000 m² d’espaces végétalisés, une crèche de 45 places, une cafétéria, un restaurant administratif, une salle de sport et davantage de salles de réunion. Contrairement au site Lumière, qui était loué, Universeine sera entièrement propriété de l’État, situé au 21-23 allée de Seine.
Une réticence massive parmi les fonctionnaires
Malgré ces atouts, la moitié des agents concernés refusent l’idée de s’installer à Saint-Denis, selon le SNIPAT, syndicat indépendant du ministère, rapporte Actu.fr
Beaucoup redoutent le changement d’environnement et l’image du département.
« Le lieu peut faire peur à certains. La Seine-Saint-Denis… Saint-Denis… Ça fait peur, c’est clair. Il y en a qui n’y sont jamais allés mais ils ont peur », confie Lassen Miadi, délégué syndical du SNIPAT.
Le département reste marqué par une réputation d’insécurité persistante, avec un taux de criminalité de 76,7 pour mille habitants en 2024, le troisième plus élevé de France, derrière les Bouches-du-Rhône et Paris.
Certains agents, eux-mêmes originaires de Seine-Saint-Denis, estiment que retourner y travailler serait un pas en arrière.
Des trajets quotidiens rallongés
Autre motif de mécontentement : la logistique du quotidien.
Le site actuel du ministère, situé à la frontière du Val-de-Marne, permet à de nombreux agents de résider dans le sud de la région parisienne — Essonne, Seine-et-Marne ou Val-de-Marne.
Rejoindre désormais Saint-Denis, au nord de la capitale, pourrait doubler voire tripler le temps de transport de certains.
« Certains ont déjà trois heures de route par jour. Avec ce déménagement, ce sera intenable », déplore Lassen Miadi.
« Certes, on peut demander une mutation vers une préfecture ou une sous-préfecture plus proche, mais les postes sont rares depuis les dernières suppressions. »
Le flex office, nouvelle source d’inquiétude
Le futur site Universeine fonctionnera en open space et en flex office, c’est-à -dire sans bureau attitré.
Une organisation qui déplaît à une partie du personnel, notamment aux agents les plus anciens, attachés à leurs habitudes.
« Certains ont fait toute leur carrière ici, dans le même bureau. Ils y accrochaient les photos de leurs enfants, de leurs petits-enfants… », explique le représentant syndical.
« Perdre cet espace personnel, c’est aussi perdre un repère affectif. »
Une mutation encore loin d’être acceptée
D’ici à 2027, les 2 700 agents concernés auront encore du temps pour s’adapter à l’idée de ce transfert stratégique, censé moderniser et regrouper les services du ministère.
Mais à ce jour, l’inquiétude et le sentiment d’injustice dominent clairement.
Entre crainte de l’insécurité, allongement des trajets et perte de repères professionnels, le grand déménagement du ministère de l’Intérieur vers Saint-Denis risque de ne pas se faire sans heurts.
(Merci Fabrice Guérault)
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