À Marseille, malgré les opérations « Place nette » et une réunion au sommet à l’Élysée, de nombreux habitants disent ne constater aucune amélioration de la sécurité et dénoncent une stratégie qui déplace le trafic sans l’éradiquer.

Narcotrafic à Marseille : des habitants désabusés face aux limites des opérations « Place nette »
Alors qu’une grande réunion consacrée à la lutte contre le narcotrafic s’est tenue à l’Élysée, les habitants de plusieurs quartiers marseillais peinent à voir les effets concrets des opérations « Place nette » sur leur quotidien, relate Europe 1.
Dans ces secteurs marqués par le trafic de drogue, la présence policière renforcée ne suffit pas à dissiper un sentiment d’insécurité qui s’enracine et nourrit une profonde lassitude.
Une réunion au sommet après l’assassinat de Mehdi Kessaci
Mardi, Emmanuel Macron a réuni à l’Élysée ministres, responsables de la police et magistrats pour faire le point sur la politique de lutte contre le narcotrafic.
Cette réunion intervient dans le contexte de l’assassinat à Marseille, le jeudi 13 novembre, de Mehdi Kessaci, 20 ans, frère du militant écologiste Amine Kessaci, engagé de longue date contre les réseaux de drogue.
Autour de la table, il s’agissait notamment d’évaluer les résultats des opérations « Place nette » menées dans plusieurs villes, dont Marseille, et de réfléchir à des réponses plus durables face aux trafics.
Dans la cité phocéenne, où les règlements de comptes et les points de deal se multiplient depuis des années, la question est simple pour les riverains : leur vie quotidienne a‑t‑elle réellement changé ?
Dans les cités marseillaises, un climat d’insécurité persistant
Dans une cité marseillaise, une retraitée décrit un quartier jadis calme, aujourd’hui marqué par la peur et les dégradations.
Elle explique ne plus sortir que la journée, alors que le soir, les habitants préfèrent rester chez eux, inquiets des feux de poubelles, des marchés incendiés et des allers‑retours de motos liés au trafic.
En apparence, le deal est parfois moins visible, les vendeurs s’adaptant grâce aux systèmes de livraison qui rendent le trafic plus diffus et mobile.
Mais pour de nombreux résidents, l’atmosphère reste lourde : le sentiment d’être pris au piège d’un environnement violent, où le narcotrafic structure la vie du quartier, demeure très fort.
Trente ans dans le quartier, et l’envie de partir
Sonia, habitante de longue date, résume ce malaise en confiant qu’elle ne se sent plus en sécurité, ni pour elle ni pour ses enfants, alors qu’elle vit dans le même secteur depuis plus de trente ans.
Elle raconte des nuits ponctuées par les incendies de voitures et de poubelles, ainsi que par des tirs de mortiers dirigés vers les immeubles, autant d’épisodes qui l’amènent à envisager de quitter les lieux.
La présence des forces de l’ordre, selon elle, reste essentiellement réactive : la police intervient lorsqu’elle est appelée, mais ne parvient pas à reprendre le contrôle durable du territoire face à des réseaux très organisés.
Pour ces familles qui se sentent abandonnées entre le trafic et la violence, les grandes annonces politiques semblent loin de la réalité du terrain.
Des opérations « Place nette » jugées trop médiatiques et peu efficaces
Du côté des policiers, plusieurs voix critiques s’élèvent également pour pointer les limites des opérations « Place nette », mises en scène comme des démonstrations de force.
Un représentant du syndicat de police Un1té, Arnaud Blaise, explique que ces interventions massives déplacent souvent le problème plutôt qu’elles ne l’éliminent : lorsque les effectifs se concentrent sur un point de deal, l’activité reprend quelques mètres plus loin.
Ces opérations donnent lieu à des saisies, mais elles restent fréquemment modestes en termes d’argent et de stupéfiants, loin des coups portés par de longues enquêtes ciblées.
Pour ce syndicaliste, la logique d’affichage et la recherche d’images spectaculaires ne suffisent pas à déstabiliser des réseaux qui se reconfigurent rapidement et s’adaptent à chaque pression policière.
Les frappes ciblées et les unités spécialisées privilégiée
À l’inverse, les unités spécialisées, comme les Brigades spécialisées de terrain (BST) ou les services d’enquête dédiés au narcotrafic, sont jugées plus efficaces lorsqu’elles mènent des opérations ciblées sur des réseaux identifiés.
Ces « frappes » aboutissent à des saisies beaucoup plus importantes de drogue et d’argent, en s’attaquant directement aux avoirs criminels et à l’organisation financière des trafiquants.
Selon les policiers, ce travail de fond, plus discret mais plus long, permet de tarir certains points de deal et de démanteler des filières entières, avec des montants pouvant atteindre des centaines de milliers d’euros et des kilos de stupéfiants.
Mais ces services fonctionnent avec des effectifs jugés insuffisants pour une ville de l’ampleur de Marseille, dont la superficie et la complexité urbaine rendent le contrôle du territoire particulièrement difficile.
Une ville trop vaste pour des moyens limités
Les syndicats de police soulignent que les moyens alloués aux services spécialisés restent en décalage avec l’ampleur des enjeux, alors que Marseille concentre de nombreux points de deal et un narcotrafic structuré.
Dans une agglomération souvent présentée comme deux fois plus étendue que Paris, les équipes chargées des investigations au long cours ne peuvent pas intervenir partout à la fois.
Pour beaucoup d’habitants comme pour certains policiers, la lutte contre le narcotrafic ne pourra être efficace que si les opérations spectaculaires s’accompagnent d’un renforcement durable des enquêtes judiciaires, de la saisie des avoirs criminels et de la présence des services publics dans les quartiers.
En attendant d’éventuelles annonces à la suite de la réunion de l’Élysée, la défiance demeure forte à Marseille, où nombre de riverains estiment que, malgré les opérations « Place nette », rien n’a vraiment changé.
(Merci Laurent B.)
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