Un major de la police parisienne a été condamné à 18 mois avec sursis probatoire pour harcèlement sexuel envers trois policières. Comportements déplacés, propos misogynes et absence de remise en cause : retour sur une affaire symptomatique des dérives au sein de l’institution.

Un major de police condamné : 18 mois avec sursis pour harcèlement sexuel
Un gradé parisien de 53 ans a été reconnu coupable de harcèlement sexuel envers trois de ses subordonnées. Le tribunal correctionnel de Paris a prononcé une condamnation avec obligation de soins, soulignant le manque de conscience du prévenu face à la gravité de ses actes, relate Le Parisien.
Une plaignante déterminée à faire bouger les lignes
Amanda, 32 ans, était la seule victime présente lors de l’audience du 15 décembre. Cette fonctionnaire de police espère que cette condamnation servira d’exemple et mettra fin à des pratiques qu’elle juge répandues au sein de l’institution. Aux côtés de deux collègues, elle a porté plainte contre Serge D., son ancien chef de brigade âgé de 53 ans.
La jeune femme a décrit un environnement de travail toxique, marqué par des angoisses quotidiennes et des troubles du sommeil. Elle a notamment évoqué un incident dans les vestiaires où son supérieur aurait tambouriné à la porte de sa douche en criant et en l’invitant à sortir en serviette.
Des comportements inappropriés filmés lors d’une soirée
L’enquête administrative a été déclenchée par une vidéo tournée en décembre 2022 lors d’une célébration. Les images montrent le prévenu forçant une jeune stagiaire à danser avec lui et tentant de lui lécher le visage. La soirée arrosée s’était terminée par un malaise de la victime.
Face aux magistrats, Serge D. a reconnu les faits mais a tenté de minimiser leur portée en invoquant l’humour et la camaraderie. Il a qualifié de “jeu” le visionnage de contenus pornographiques dans le véhicule de service et affirmé que ses cris d’animaux visaient à “faire rire les collègues”.
Un défenseur qui plaide la maladresse
L’avocat du prévenu a présenté son client comme un homme maladroit, incapable de mesurer l’impact de ses actes. Il a assuré que le policier avait pris conscience que de tels comportements n’étaient plus acceptables dans l’environnement professionnel actuel.
La présidente du tribunal s’est montrée agacée par les justifications du prévenu, lui lançant : “En fait, vous êtes le clown de la compagnie.” Le major n’a pas su expliquer clairement s’il percevait l’évolution des mentalités comme positive.
Une féminisation de la police qui dérange
Serge D. a évoqué un “changement générationnel” pour expliquer ses difficultés d’adaptation. Selon lui, ses comportements auraient été tolérés il y a vingt ans, à une époque où sa brigade ne comptait que des hommes. Amanda a répondu en soulignant que la féminisation de la police impose de nouvelles exigences de respect.
Certains collègues ont rapporté aux enquêteurs des propos ouvertement misogynes tenus par le prévenu. La procureure a notamment cité cette phrase : “Les chiens sont arrivés dans la police avant les femmes.” Ces témoignages ont révélé une culture problématique persistante au sein de certaines unités.
Une condamnation exceptionnelle dans l’institution
Le tribunal a prononcé une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire. Cette sanction s’accompagne d’une obligation de suivre des soins psychologiques et un stage sur l’égalité femmes-hommes. Les magistrats ont estimé que la réflexion du condamné restait insuffisante.
Cette condamnation pénale demeure rare dans les affaires impliquant des forces de l’ordre. Depuis 2021, seules quatre affaires de violences sexuelles concernant des policiers ont débouché sur une sanction judiciaire, sur un total de dix-huit dossiers traités. Le prévenu avait déjà fait l’objet d’une procédure disciplinaire qui s’était soldée par quinze jours d’exclusion.
Un parcours professionnel jusque-lĂ exemplaire
Muté en 2023 au tribunal de Paris, Serge D. bénéficiait d’excellentes évaluations professionnelles. Ses états de service mentionnaient des notations élogieuses et des attestations positives de collègues. Il avait même reçu une médaille en 2020 pour son engagement lors des manifestations des Gilets jaunes.
Les magistrats n’ont pas prononcé d’interdiction d’exercer dans la police, malgré la gravité des faits. La procureure a salué le courage des plaignantes qui ont osé affronter le poids de l’institution judiciaire pour faire valoir leurs droits.
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