Une consultation de l’Ordre national des infirmiers révèle que 40% des professionnelles ont subi des gestes à caractère sexuel lors de soins à domicile. Témoignages et décryptage d’une insécurité grandissante.

Violences sexuelles à domicile : l’alarmant quotidien des infirmières libérales
Selon une vaste consultation menée par l’Ordre national des infirmiers (ONI) publiée mercredi, près de la moitié des professionnels interrogés rapportent avoir subi des gestes déplacés ou des agressions sexuelles de la part de patients. Une réalité souvent tue, illustrée par des témoignages glaçants, relate 20 Minutes.
L’exercice de la médecine de ville comporte une part d’ombre que les chiffres viennent désormais confirmer. Dans une enquête réalisée en 2024 auprès de 21 000 professionnels, l’Ordre national des infirmiers dresse un constat sans appel : quatre infirmières sur dix ont déjà été confrontées à des comportements à caractère sexuel lors de leurs tournées à domicile.
Ces résultats mettent en lumière la vulnérabilité des soignants lorsqu’ils pénètrent dans l’intimité du foyer des patients. Pour Alain Desbouchages, président du Conseil national de l’ordre (Coni), ces données révèlent une situation critique : « L’ampleur des violences sexistes et sexuelles nous a étonnés », admet-il, soulignant la nécessité d’une prise de conscience collective.
« Je me suis dit : ça y est, je vais y passer »
Derrière les statistiques se cachent des traumatismes individuels, comme celui vécu par Laurence, infirmière libérale de 60 ans exerçant dans l’Yonne. En mars 2024, lors d’une visite de routine pour une injection d’insuline chez un patient suivi depuis deux ans pour des troubles psychiatriques, la situation bascule.
Dès son entrée, elle entend le bruit de la clé tourner dans la serrure derrière elle. Le patient prétexte d’abord une douleur intime pour solliciter un examen injustifié. Face au refus professionnel de Laurence, qui l’oriente vers les urgences, l’homme passe à l’acte : il baisse son pantalon, exhibant une érection, et saisit violemment le bras de la soignante.
« Je me suis dit “ça y est, je vais y passer” », confie-t-elle. Dans un réflexe de survie, profitant du trousseau de clés resté sur la porte, elle parvient à se libérer et à s’enfuir. Tétanisée, elle trouvera refuge dans son véhicule avant d’alerter une collègue, puis sa famille.
Le parcours du combattant judiciaire
Si Laurence a réussi à s’échapper physiquement, les séquelles psychologiques et institutionnelles demeurent. Poussée par son époux, elle se rend à la gendarmerie dès le lendemain. L’accueil qui lui est réservé s’avère culpabilisant. « Les gendarmes n’ont fait preuve d’aucune empathie. Leurs questions étaient vicieuses, ils en étaient presque à me demander si je ne l’avais pas aguiché », déplore-t-elle.
Ce sentiment de honte et d’incompréhension explique en grande partie un autre chiffre marquant de l’enquête : seuls 2% des infirmiers victimes déposent plainte. Pour 38% d’entre eux, aucune démarche n’est entreprise. Deux ans après les faits, Laurence n’a toujours aucune nouvelle de l’enquête, l’obligeant même à retourner dans l’immeuble de son agresseur pour soigner d’autres patients.
Vers une meilleure protection des soignants
L’intimité du soin, qui implique parfois de toucher le corps, peut être mal interprétée par certains patients, créant des situations ambiguës ou dangereuses. « On apprend la juste distance à l’école, mais cela n’empêche pas les débordements », analyse le président du Coni.
Face à ce constat, l’ONI passe à l’offensive avec une campagne de sensibilisation affichant un message clair : « STOP. Et c’est puni par la loi ». Au-delà de l’affichage, des mesures concrètes sont annoncées :
• Accompagnement juridique : formation d’élus infirmiers dans chaque département pour assister les victimes lors du dépôt de plainte.
• Constitution de partie civile : possibilité pour le conseil départemental de l’Ordre de s’associer à la plainte de la victime.
• Formation : intégration d’un module sur le repérage des violences sexistes dès la rentrée 2026 pour les étudiants.
• Législation : le ministère de la Santé étudie la possibilité d’un contrôle régulier du fichier des auteurs d’infractions sexuelles par les ordres professionnels.
Aujourd’hui, 37% des victimes avouent ressentir une insécurité chronique au travail, et 12% ont fait le choix radical de changer de secteur.
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