Mort de Théodore, 17 ans, après une course-poursuite à Chelles : ses parents contestent le rapport de l’IGPN et saisissent la cour d’appel pour rouvrir l’enquête.

Mort de Théodore à Chelles : ses parents portent l’affaire devant la cour d’appel
Deux ans après la mort de leur fils, mot lors d’une course-poursuite avec la police à Chelles, les parents de Théodore refusent de se contenter des conclusions de l’IGPN. Ils ont saisi la chambre de l’instruction pour obtenir de nouveaux actes d’enquête.
Un accident mortel survenu un soir de décembre 2023
Le 8 décembre 2023, peu avant 23 heures, Théodore, 17 ans, circule en scooter avenue Foch, à Chelles (Seine-et-Marne), avec un ami du même âge. Le deux-roues, pris en chasse par deux véhicules de police, se couche sur la chaussée avant de s’encastrer sous une voiture. Les deux adolescents meurent sur le coup.
L’enquête de l’IGPN, chargée d’examiner le comportement des fonctionnaires, conclut à l’absence de faute policière : selon elle, aucun véhicule n’a percuté le scooter. Une version que les parents de Théodore rejettent en bloc.
Une famille qui dénonce une enquête à sens unique
Pour Me Jean-Christophe Ramadier, avocat de la famille, l’enjeu est simple : établir la vérité sur les circonstances de l’accident, plutôt que de s’en tenir au seul récit des policiers impliqués. Patricia, la mère de Théodore, se dit « dégoûtée » par ce qu’elle perçoit comme un parti pris des enquêteurs, qu’elle accuse de n’avoir « rien cherché ».
Le parquet de Meaux, représenté par le procureur Jean-Baptiste Bladier, rappelle que le dossier a été transmis pour règlement en mars, avec la mise en examen pour homicide involontaire des deux personnes ayant fourni le scooter aux victimes. Les parties civiles ont fait appel d’une ordonnance rejetant leurs demandes, notamment celle visant la mise en examen des policiers pour mise en danger d’autrui.
Les zones d’ombre de la course-poursuite
Selon la reconstitution de la famille, tout commence à un feu tricolore à Neuilly-sur-Marne. Le scooter, dont les deux occupants portent un casque, est à l’arrêt dans une file de voitures, encadré par un véhicule de police sérigraphié et une patrouille de la BAC. Patricia, qui a eu accès aux images en tant que partie civile, conteste la version d’un feu rouge grillé ayant justifié la poursuite.
Me Ramadier interroge la proportionnalité de l’intervention : fallait-il engager une course-poursuite nocturne, sur une chaussée mouillée, pour un simple soupçon de refus d’obtempérer, visant un scooter non volé ? Après 2,8 kilomètres de « prise en charge », l’accident se produit lorsque la BAC tente d’intercepter le deux-roues par la gauche avant de se rabattre sur un terre-plein. Une manœuvre que la famille juge dangereuse, et qu’elle estime responsable du changement brutal de trajectoire ayant provoqué la chute fatale.
Une procédure judiciaire qui s’enlise
Les demandes d’actes d’enquête complémentaires formulées par l’avocat de la famille auprès de deux juges d’instruction successifs ont toutes été rejetées. « On se heurte à un mur », déplore Me Ramadier, qui a désormais porté l’affaire devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.
Patricia évoque également le contexte de l’époque, six mois après la mort de Nahel Merzouk à Nanterre, qu’elle soupçonne d’avoir influencé la conduite de l’enquête initiale. « Nous attendions des réponses, nous n’avons que des questions », résume-t-elle.
Le souvenir d’un « enfant lumière »
Malgré une confiance érodée dans l’institution judiciaire, les parents de Théodore poursuivent leur combat. Patricia garde le souvenir d’un fils « courageux », « sensible » et « plein d’empathie » : « C’était mon soleil », confie-t-elle, la voix marquée par le chagrin.
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