Condamné en décembre 2025 à 20 ans de réclusion pour le double meurtre de Stains, Souleymane C. a été remis en liberté sous strict contrôle judiciaire dès mars 2026, dans l’attente de son procès en appel. Une décision légalement fondée, mais qui plonge les familles des victimes dans l’incompréhension.

Condamné à 20 ans pour un double meurtre à Stains, il est libre : ce que dit la loi
Reconnu coupable du double assassinat de Bakari Traoré et Soriba Makalou en juillet 2019, Souleymane C. a été remis en liberté sous contrôle judiciaire le 19 mars 2026, soit moins de quatre mois après sa condamnation à 20 ans de réclusion. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a estimé que les garanties présentées par le condamné étaient suffisantes pour autoriser sa libération dans l’attente de son jugement en appel. Une décision qui heurte profondément les familles des victimes.
Une nuit de juillet 2019 : deux morts, un survivant
Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2019, deux hommes originaires du quartier du Clos Saint-Lazare à Stains perdent la vie sous une rafale de tirs de kalachnikov. Bakari Traoré, 29 ans, et Soriba Makalou, 26 ans, sont tués sur le coup. Dembo Traoré, 24 ans, frère de Bakari, est grièvement blessé mais survit. Il sera l’un des rares témoins directs de ce carnage — et paradoxalement l’un des plus silencieux lors du procès.
L’enquête aboutit à l’identification de plusieurs suspects, dont Souleymane C., alors âgé de 23 ans, rapidement désigné comme l’un des acteurs centraux de cette nuit meurtrière.
Un procès en décembre 2025 : le rôle « central » de Souleymane C.
Le 5 décembre 2025, la cour d’assises de Seine-Saint-Denis rend son verdict. Souleymane C., 30 ans, est reconnu coupable de meurtre en bande organisée sur Bakari Traoré et Soriba Makalou, ainsi que de tentative de meurtre sur Dembo Traoré. Il écope de 20 ans de réclusion criminelle — une peine particulièrement lourde, que les magistrats justifient par le rôle qu’il aurait joué dans l’organisation des faits. La cour souligne notamment qu’il aurait « sollicité l’aide de ses proches pour mener à bien son entreprise criminelle », le désignant comme l’un des tueurs potentiels.
Lors de l’audience, Souleymane C. avait nié toute implication. Sa défense avait produit la photographie horodatée d’un repas dans un kebab de Saint-Denis, arguant qu’il se trouvait à distance des faits, attablé dans sa Mercedes, au moment précis des tirs. La cour n’en a pas été convaincue.
À l’issue du verdict, il avait été immédiatement placé en détention provisoire — une première dans ce dossier, lui qui avait jusqu’alors comparu libre tout au long de la procédure de première instance.
L’appel et l’argument décisif de la défense
Souleymane C. a aussitôt interjeté appel, recouvrant de facto la présomption d’innocence. Son conseil, Maître Yann Le Bras, a saisi la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris en vue d’obtenir sa remise en liberté. L’argument central : son client avait comparu libre sous contrôle judiciaire lors du premier procès, et devait donc bénéficier des mêmes conditions pour le procès en appel. La fragilité de son état de santé a également été invoquée.
En face, les avocats des parties civiles ont plaidé l’inverse avec force. Ils ont mis en avant « l’extrême gravité des faits », « l’absence totale d’empathie pour les victimes », le risque sérieux de fuite compte tenu de la lourdeur de la peine encourue, et la menace potentielle que ferait peser sa liberté sur Dembo Traoré — unique survivant du carnage et toujours en vie. Ils ont également rappelé que la loi du silence avait pesé de tout son poids lors du premier procès, plusieurs témoins clés ayant subitement renoncé à déposer.
La chambre de l’instruction tranche : des garanties jugées suffisantes
Dans son arrêt, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a estimé que, « malgré sa condamnation en première instance à 20 ans de réclusion criminelle », les garanties offertes par le condamné et les mesures d’encadrement envisagées permettaient d’autoriser sa remise en liberté. La juridiction a considéré que Souleymane C. présentait des « garanties de représentation » sérieuses : nationalité française, hébergement au domicile de sa mère hors de Seine-Saint-Denis, et justificatifs d’un emploi régulier, relate Le Parisien.
Le contrôle judiciaire prononcé est néanmoins particulièrement strict. L’interdiction de paraître en Seine-Saint-Denis est formellement notifiée, tout contact avec les personnes impliquées dans l’affaire est proscrit, et les magistrats ont conclu à l’absence de risque de pression sur les témoins.
Les familles face à l’incompréhension
Cette libération a suscité une vive réaction du côté des parties civiles. Maître Moad Nefati, conseil de la famille Traoré et de Dembo, le survivant, dénonce les effets délétères d’une telle décision sur la confiance des victimes envers l’institution judiciaire. Selon lui, cette remise en liberté « entretient un microclimat judiciaire qui n’incite pas les victimes et les familles à aller au bout de leurs démarches. Pour elles, c’est peine perdue. »
Les familles n’ont pas réagi publiquement à l’arrêt de la chambre de l’instruction. Le procès en appel reste à programmer.
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