Deux policiers de l’Hérault ont créé Lamp, une application gratuite qui permet à n’importe quel citoyen de signaler un véhicule volé et de toucher une prime de 100 euros. En un an : 17 000 utilisateurs et 50 véhicules retrouvés.

Lamp : deux policiers inventent l’appli citoyenne pour retrouver les voitures volées
Cyril et David, policiers dans l’Hérault, ont conçu dans leur vie privée une application communautaire et rémunératrice pour lutter contre le vol de véhicules. En un an d’existence, Lamp revendique déjà 17 000 utilisateurs et une cinquantaine de véhicules localisés grâce à la mobilisation de simples citoyens.
Une idée née d’un témoignage poignant
Comme le relate 20 Minutes, tout a commencé par un article dans la presse locale. Une mère de famille racontait s’être fait voler son Kangoo, spécialement aménagé pour sa fille en situation de handicap sévère. Désemparée, elle avait lancé un appel à témoins — alors même que les policiers du secteur ignoraient que le vol avait eu lieu près de chez eux. Ce récit a été le déclic pour Cyril et David, qui ont passé cinq ans à concevoir une solution concrète à ce qu’ils appellent eux-mêmes « un trou dans la raquette ».
Née de cette conviction que l’information ne circule pas assez vite entre les victimes de vols et les forces de l’ordre de terrain, l’application Lamp a été officiellement lancée il y a un an. Elle est gratuite, disponible dès 17 ans et repose sur un principe simple : transformer le plus grand nombre de citoyens en observateurs actifs.
Comment fonctionne Lamp
L’application permet à tout utilisateur inscrit — contre présentation d’une pièce d’identité — de recevoir des alertes en temps réel dès qu’un véhicule volé est référencé, parfois avant même que la plainte officielle ne soit déposée. Depuis son téléphone, le « veilleur » peut alors scanner la plaque d’immatriculation d’un véhicule suspect, son numéro VIN, son gravage de vitre, voire les marquages de vélos, scooters ou motos.
Pour préserver la sécurité des données, la plaque complète du véhicule recherché n’est jamais entièrement affichée : les deux dernières lettres restent masquées. Chaque utilisateur dispose d’un descriptif détaillé du bien volé afin d’affiner ses observations au quotidien.
Une récompense pour motiver les recherches
Le levier financier est au cœur du modèle. Lorsqu’un veilleur localise un véhicule volé, il perçoit une prime minimale de 100 euros, financée par la victime elle-même. Celle-ci s’engage au moment de l’inscription à verser 300 euros à la plateforme en cas de retrouvaille confirmée ; 100 euros reviennent au découvreur, le solde finance le fonctionnement de l’application. Les propriétaires peuvent librement augmenter la mise pour accélérer les recherches.
Si c’est un policier ou un gendarme en service qui identifie le véhicule dans le cadre de son travail, la prime est automatiquement reversée à une association.
Pour ceux que la récompense pécuniaire motive moins, Lamp a intégré un système de points — les « lampions » — qui confère à l’expérience une dimension de jeu collaboratif. « Il y a ceux qui veulent gagner de l’argent, ceux que le côté gaming intéresse, et ceux qui veulent vraiment aider », résume Cyril.
Combler un angle mort du système
Le constat que dressent les deux concepteurs est sans appel : même au sein des forces de l’ordre, la circulation de l’information sur les vols simples reste lacunaire. Un policier prenant son service au petit matin n’a pas nécessairement connaissance des véhicules à rechercher dans son secteur, sauf si le dossier implique des violences, un carjacking ou un réseau structuré.
Or, la France enregistre près de 125 000 vols de véhicules par an, un chiffre qui la place en tête des pays européens les plus touchés. Pour les victimes, les conséquences dépassent souvent le simple préjudice matériel : mauvaise couverture assurantielle, remboursement insuffisant, perte d’un outil indispensable pour se rendre au travail.
Des perspectives de développement ambitieuses
Forts d’un brevet déposé en France et aux États-Unis, Cyril et David envisagent d’enrichir Lamp de nouvelles fonctionnalités, notamment un couplage avec les caméras embarquées installées par les automobilistes. Plusieurs services de police municipale ont déjà exprimé leur intérêt, de même que des loueurs de véhicules, des entreprises de transport routier et des gestionnaires de flottes.
En un an, 50 véhicules ont été retrouvés grâce à la communauté, sur environ 750 signalements actifs. Un résultat encourageant pour une application encore jeune, dont l’ambition reste avant tout humaine : redonner aux victimes de vol les moyens de ne pas rester seules face à une épreuve souvent sous-estimée.
(Merci Yann Bourguignon)
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