Île-de-France Mobilités teste une Zone d’attente partagée en gare de Cergy-Préfecture pour protéger les femmes des agressions dans les transports. Un dispositif inédit sur le RER A.

Une « Zone d’attente partagée » testée sur le RER A pour protéger les femmes des agressions
En gare de Cergy-Préfecture, Île-de-France Mobilités a lancé l’expérimentation d’un espace sécurisé sur le quai, conçu pour éviter que les voyageuses se retrouvent isolées. Un dispositif qui s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les transports franciliens.
Un espace délimité au cœur du quai
Depuis ce mardi, les usagers de la gare de Cergy-Préfecture, dans le Val-d’Oise, peuvent remarquer une zone singulière sur le quai du RER A : un revêtement au sol imitant une pelouse agrémentée de pâquerettes. Derrière cette apparence décorative se cache un dispositif de sécurité : la Zone d’attente partagée (ZAP), inaugurée par Île-de-France Mobilités (IDFM) en présence de la présidente de la région, Valérie Pécresse, relate Le Parisien.
L’objectif est clair — inviter les voyageurs, et plus particulièrement les voyageuses, à se regrouper dans cet espace lorsque le quai est peu fréquenté. Positionnée au pied des escalators, la zone est équipée de bornes d’appel d’urgence connectées à un opérateur humain capable de déclencher une intervention, ainsi que d’un système de vidéosurveillance dont les images sont retransmises en temps réel sur des écrans visibles depuis le quai lui-même.
Rendre l’agresseur visible et vulnérable
Le principe repose sur une logique de dissuasion active. « Ça prouve par l’image que vous êtes vus et filmés. On dépasse le seul avertissement », souligne le directeur exécutif des gares d’Île-de-France de SNCF. Une campagne d’affichage accompagne le dispositif : des affiches rappellent les sanctions encourues par les potentiels agresseurs, signalent la présence des caméras et encouragent les témoins à intervenir ou à composer le 3117, le numéro national de prévention du suicide et d’assistance aux victimes dans les transports.
Pour Valérie Pécresse, il s’agit de « mettre en insécurité l’agresseur lui-même », en inversant le rapport de force habituellement subi par les victimes.
Une gare choisie pour sa population étudiante
Le choix de Cergy-Préfecture n’est pas anodin. La gare est fréquentée par une population jeune et étudiante, particulièrement exposée aux agressions : en 2024, 44% des victimes de violences sexistes et sexuelles dans les transports franciliens étaient âgées de 18 à 29 ans.
Il s’agit en réalité de la deuxième phase d’une expérimentation déjà amorcée lors des Jeux olympiques de Paris 2024 dans cette même gare. Les premières observations avaient alors montré une concentration plus importante de jeunes femmes dans la zone délimitée, signe d’une adhésion spontanée au concept.
Six mois de test avant une éventuelle généralisation
Cette nouvelle phase durera environ six mois. Des mesures avant/après seront conduites en partenariat avec l’Ifop afin d’évaluer l’efficacité du dispositif, tant en termes de fréquentation de la zone que de sentiment de sécurité ressenti par les usagers. Ce n’est qu’à l’issue de cette période que la question d’un déploiement à plus grande échelle sera posée.
Les chiffres rappellent l’urgence de la situation : en 2024, 3 400 victimes de violences sexuelles ont été recensées dans les transports en commun français, dont 91% de femmes. En Île-de-France, sept femmes sur dix déclarent avoir déjà été victimes de violences sexistes ou sexuelles dans les réseaux de transport.
Des mesures étendues à l’intérieur des rames
La ZAP n’est qu’un volet d’un dispositif plus global. Pour les lignes Transilien, IDFM a déployé des indicateurs d’affluence en temps réel permettant aux voyageurs de repérer les wagons les moins fréquentés et de rejoindre ceux où la présence humaine est plus dense — une précaution d’autant plus importante que les agressions les plus graves surviennent généralement en heure creuse, dans des rames quasiment vides.
Les prochains trains de nouvelle génération, notamment les rames Boa, renforceront encore ce dispositif : dépourvus de cloisonnement entre les voitures et équipés de caméras, ils permettront une circulation libre dans l’ensemble de la rame. Une conception pensée pour que les victimes potentielles puissent toujours rejoindre un espace occupé par d’autres voyageurs.
(Merci Yann Bourguignon)
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