Le numéro 2 du Raid, unité d’élite de la police, est visé par une dizaine de témoignages féminins relatifs à son comportement. Sa hiérarchie informée n’a pris aucune sanction.

Au Raid, le numéro 2 de l’unité d’élite visé par de multiples accusations de femmes
Des femmes au sein du Raid, l’unité d’intervention d’élite de la police nationale basée à Bièvres (Essonne), dénoncent les comportements présumés de leur numéro 2. Malgré une dizaine de témoignages concordants et une hiérarchie informée, aucune sanction n’a été prononcée à ce jour.
Une parole qui se libère dans le silence du Raid
Le Raid est une institution qui cultive, par tradition et par nécessité opérationnelle, la discrétion absolue. C’est précisément ce qui rend les révélations actuelles d’autant plus significatives. Depuis plusieurs mois, selon les informations du Parisien, des membres de cette unité d’élite de la police nationale ont commencé à évoquer en interne les agissements présumés de leur numéro 2, un commissaire général indicatif « Laser 2 ». Selon plusieurs sources concordantes, ce commissaire aurait multiplié propos déplacés, gestes non sollicités et tentatives d’approche à l’égard de femmes appartenant à différentes antennes de l’unité.
« Depuis le départ, le sentiment général est que la direction cherche à étouffer l’affaire, et c’est profondément décourageant », confie un membre du Raid. Une frustration partagée par plusieurs collègues qui ont finalement décidé de briser la loi du silence.
Un incident déclencheur début mai
L’élément déclencheur remonterait au début du mois de mai. Une agente employée comme chauffeur pour la direction du Raid conduit le commissaire général mis en cause. Peu habituée à la conduite d’un véhicule à boîte manuelle, elle hésite légèrement. C’est à cet instant que ce dernier aurait posé sa main sur la sienne, dans un contact prolongé qui l’aurait profondément mise mal à l’aise.
Perturbée, l’agente en parle rapidement à un collègue, déjà au fait de rumeurs similaires. La chaîne hiérarchique est alors alertée, jusqu’au chef du Raid lui-même, désigné en interne « Laser 1 ». Ce dernier organise une confrontation dans son bureau la semaine suivante. Lors de cet entretien, le commissaire général reconnaît partiellement les faits, les minimise, mais présente néanmoins des excuses pour son comportement. Parallèlement, la victime, en pleine préparation d’un concours, aurait été encouragée par certains collègues à ne pas déposer plainte, et se serait sentie rassurée par la prise en compte de sa parole par le chef du Raid.
Une dizaine de femmes prennent la parole
Ce premier épisode a agi comme un révélateur. En l’espace de trois semaines, une dizaine d’autres femmes issues de différentes antennes du Raid auraient à leur tour relaté des comportements similaires attribués au même commissaire général. Une autre agente chauffeur témoigne notamment qu’il lui aurait demandé à voir l’intégralité d’un tatouage partiellement dissimulé sous ses manches. D’anciens faits refont également surface : l’ex-chargée de communication de l’unité aurait elle aussi rapporté des propos jugés très déplacés. Des remarques sur les tenues ou l’apparence physique de femmes de l’état-major auraient également été formulées à plusieurs reprises.
Des sources décrivent aussi une gestuelle systématiquement ambiguë, même lors d’interactions anodines comme une simple poignée de main, au cours de laquelle le commissaire général aurait pris l’habitude de gratter l’intérieur de la paume de son interlocutrice avec un doigt. Lors de soirées organisées en interne, des tentatives de séduction répétées à l’égard de femmes de l’unité, voire des compagnes de collègues, lui sont également attribuées.
Une autorité qui inhibe les victimes
Ce qui préoccupe particulièrement plusieurs membres du Raid, c’est le contexte de déséquilibre manifeste dans lequel ces faits se seraient produits. « Le problème central, c’est la quasi-absence d’écrits, explique un agent. Face à un commissaire général, même des policiers expérimentés hésitent. Alors pour des femmes jeunes, en situation précaire ou en début de carrière, le rapport de force est écrasant. »
Cette réalité expliquerait en partie pourquoi les faits présumés, qui remonteraient selon certaines sources à des postes antérieurs du commissaire, n’auraient jamais donné lieu à aucune procédure formelle. « Des signaux existaient bien avant, dans d’autres services où il a officié, mais rien n’a jamais été suivi d’effet », déplore un proche du dossier.
L’IGPN non saisie, le commissaire toujours en poste
Sur le plan institutionnel, la situation soulève des interrogations. Si les faits auraient été remontés à la Direction générale de la police nationale (DGPN), l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), instance disciplinaire compétente en la matière, n’aurait à ce stade pas été officiellement saisie. Interpellé sur le sujet, le chef du Raid n’a ni démenti ni confirmé les faits, se contentant de renvoyer vers le service de communication de la police nationale, qui n’a pas donné suite.
À ce jour, le commissaire général mis en cause occupe toujours son poste de numéro 2 du Raid et n’a fait l’objet d’aucune sanction disciplinaire. Une situation jugée intenable par plusieurs membres de l’unité : « Dans une structure comme le Raid, on ne peut pas se permettre de laisser passer de tels comportements sans réagir. »
(Merci Rudy van Cappellen)
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.





MAIS QUE FAIT LA pOLICE?