Deux Mauritaniens écrouéspour blanchiment aggravé : 377 000 € saisis dans un foyer du Val-de-Marne, un réseau actif entre France, Belgique et Afrique démantelé.

Dizaines de millions d’euros blanchis : un réseau de collecteurs démantelé entre la France, la Belgique et l’Afrique
Deux ressortissants mauritaniens ont été mis en examen et placés en détention provisoire à Paris pour blanchiment aggravé et participation à une association de malfaiteurs. Ils sont suspectés d’avoir joué un rôle central dans une organisation criminelle internationale chargée de collecter et d’acheminer des dizaines de millions d’euros issus du trafic de stupéfiants.
Une enquête née d’un contrôle douanier en 2023
L’affaire prend racine fin 2023, lorsque des agents des douanes interceptent deux hommes de nationalité mauritanienne en possession de 200 000 euros en espèces, relate Le Parisien. Ce contrôle de routine déclenche l’ouverture d’une enquête par la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris, compétente pour les affaires criminelles d’envergure.
Les investigations révèlent rapidement l’ampleur du dispositif. Selon les réquisitions du parquet, les enquêteurs se retrouvent face à un réseau structuré de collecteurs opérant de manière régulière sur le territoire français et belge, rapatriant à chaque déplacement des sommes comprises entre 100 000 et 200 000 euros en numéraire.
Des foyers africains transformés en chambres fortes
Les deux principaux suspects ont été interpellés un vendredi soir à bord d’un TGV en gare de Massy, en Essonne. Placés en garde à vue dans les locaux de la direction de la police judiciaire de Nanterre, ils font rapidement l’objet de perquisitions dans plusieurs foyers africains de la région parisienne.
C’est dans une chambre d’un foyer de Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne, que les enquêteurs découvrent 377 000 euros en liquide. Une seconde perquisition menée dans un foyer d’Alfortville ne permet de saisir que 3 000 euros supplémentaires. Les policiers restent convaincus qu’un troisième lieu de stockage existe, sans être parvenus à l’identifier à ce stade.
Un mécanisme bien rodé rémunéré 5 000 euros par mois
Lors de leurs auditions, les deux hommes reconnaissent les faits. Ils décrivent un fonctionnement précis : après avoir collecté les fonds auprès de trafiquants, ils les déposent dans ces lieux d’hébergement communautaires. Un homme à moto se charge ensuite de récupérer les espèces, muni d’un code, avant de les remettre au responsable financier du réseau. En contrepartie de ce service, chaque collecteur percevait une rémunération mensuelle de 5 000 euros.
Les clients identifiés de ce système incluent notamment un réseau de trafiquants de stupéfiants démantelé à Bordeaux, mais les investigations ont mis en évidence d’autres sources criminelles alimentant le dispositif.
La Belgique, plaque tournante du réseau
Le juge d’instruction identifie la Belgique comme le nœud central de l’organisation. Grâce à la coopération judiciaire européenne, les autorités belges procèdent à l’arrestation de quinze personnes liées au réseau sur leur territoire.
Pour recycler les fonds collectés, l’organisation aurait eu recours à deux mécanismes complémentaires. Le premier est le système dit de l’hawala, une pratique de transfert d’argent informelle reposant sur la confiance et la compensation entre intermédiaires, contournant intégralement le circuit bancaire officiel. Le second consiste à réinvestir les liquidités dans l’achat de véhicules en Europe, exportés ensuite vers l’Afrique via le port d’Anvers.
Un des suspects se présente comme victime du réseau
Devant le juge des libertés et de la détention, l’un des mis en examen — marié, père de trois enfants, résidant officiellement en Mauritanie — a fondu en larmes en évoquant sa famille. Commerçant déclaré spécialisé dans l’import-export de véhicules vers l’Afrique, il affirme avoir ignoré la portée réelle de ses activités et s’être laissé instrumentaliser. Son casier judiciaire est vierge.
Son avocat, Maître Elliot Amzallag, a plaidé que son client était « une victime d’un réseau de personnes puissantes qui l’ont utilisé ». Tous deux ont néanmoins été placés en détention provisoire à l’issue de l’audience. La suite de l’enquête vise désormais à remonter la chaîne hiérarchique afin d’identifier et d’interpeller les commanditaires.
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