Le maire LFI de La Courneuve propose de faire de l’eurodéputée Rima Hassan citoyenne d’honneur. Un vote qui interroge sur la frontière entre hommage républicain et engagement politique.

À La Courneuve, Rima Hassan élevée au rang de citoyenne d’honneur : un hommage républicain ou un geste partisan ?
Le conseil municipal de La Courneuve doit se prononcer ce jeudi sur une délibération faisant de l’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan (LFI) citoyenne d’honneur de la ville. Une initiative portée par le maire insoumis Aly Diouara, qui rompt avec la tradition de ces distinctions habituellement réservées à des figures étrangères ou des prisonniers politiques. Elle ne fait pas l’unanimité, y compris dans les rangs de l’opposition.
Une distinction aux origines républicaines détournée de ses usages
La citoyenneté d’honneur est, en France, une pratique municipale ancienne et symbolique. Elle récompense le plus souvent des personnalités étrangères qui se sont battues pour leurs droits, des prisonniers politiques, ou des figures publiques dont le parcours dépasse les frontières. À Paris, Nelson Mandela avait été ainsi honoré en 2013, quelques mois avant sa disparition. À La Courneuve même, la ville avait autrefois accordé ce titre à l’ancien président sud-africain, mais aussi à Ingrid Betancourt alors captive des FARC en Colombie, ou encore au député palestinien emprisonné Marwan Barghouti et au militant pacifiste israélien Michel Warshavsky — deux personnalités qui s’étaient déplacées en personne pour l’occasion.
Cette fois, le profil de la lauréate tranche avec les précédents, relate Le Parisien. Rima Hassan, juriste de 34 ans et eurodéputée sous l’étiquette LFI, est une figure politique active, en pleine trajectoire professionnelle, qui siège au Parlement européen. Son entourage a d’ailleurs confirmé qu’elle n’assisterait pas au conseil municipal où elle est distinguée.
Aly Diouara assume, l’opposition retient sa langue
C’est le maire de La Courneuve, Aly Diouara, lui-même élu sous l’étiquette LFI et député de Seine-Saint-Denis, qui a porté l’initiative. Dans un communiqué publié le 12 juin sur le réseau X, il a justifié sa démarche en saluant l’« engagement pour la justice, la paix, la liberté et le respect du droit international » de celle qui défend depuis plusieurs années la cause palestinienne dans le débat public français et européen. Le post, relayé par Rima Hassan elle-même, a dépassé les 124 000 vues, générant une avalanche de réactions, entre soutiens enthousiastes et critiques acerbes.
Du côté de l’opposition, le groupe socialiste a annoncé qu’il voterait en faveur de la délibération, non sans nuancer sa position. Oumarou Doucouré, chef de file du PS local, aurait préféré honorer une figure gazaouie comme la poétesse Alaa al-Qatrawi, mère de quatre enfants tués dans un bombardement, à laquelle la France vient de refuser un visa pour une invitation au Collège de France. Plusieurs autres élus d’opposition ont préféré garder le silence, visiblement soucieux de ne pas alimenter ce qu’ils perçoivent comme un terrain miné. « On ne va pas tomber dans le piège tendu par Aly Diouara », a glissé l’un d’eux.
« Un choix un peu partisan » selon l’ancien maire
Le seul à avoir accepté de s’exprimer ouvertement est Gilles Poux, prédécesseur d’Aly Diouara à la tête de la commune, qu’il a dirigée pendant plusieurs décennies sous l’étiquette communiste. Sans condamner la démarche, il émet une réserve de fond : « Rima Hassan est une figure engagée pour la cause palestinienne comme il y en a des centaines. Le maire a fait un choix. Cela peut être vu comme un peu partisan. Il faut faire attention à ne pas jouer avec la bataille pour la liberté et l’égalité du peuple palestinien, c’est trop sérieux. »
La proximité politique entre le maire et la lauréate est en effet difficilement contestable. Rima Hassan avait pris la parole lors du meeting de lancement de campagne d’Aly Diouara en janvier 2025, avant que celui-ci ne soit élu maire au second tour après avoir fusionné sa liste avec celle de Nadia Chahboune, candidate soutenue par le Parti communiste. Cette dernière, désormais première adjointe au maire, n’a pas répondu aux sollicitations des journalistes.
Dans une ville où la liste LFI avait recueilli plus de 58% des suffrages aux élections européennes de 2024, la délibération a toutes les chances d’être adoptée. Mais la question de la frontière entre hommage républicain et stratégie militante, elle, risque de rester ouverte bien au-delà du vote.
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