Un rapport du Sénat publié en juillet 2025 dresse un constat préoccupant de la réforme de la police judiciaire : perte d’efficacité, marginalisation des enquêtes complexes et risque accru face à la criminalité organisée. Analyse.

La réforme de la police judiciaire sous le feu des critiques du Sénat
Dix-huit mois après la mise en œuvre controversée de la réforme de la police judiciaire (PJ), un rapport d’information sénatorial, rendu public début juillet 2025, dresse un constat sans appel selon les informations de Ouest-France. Rédigé par la sénatrice LR de l’Indre Nadine Bellurot et le sénateur socialiste de Saône-et-Loire Jérôme Durain, ce document souligne que “la plupart des inquiétudes formulées étaient fondées”.
Un affaiblissement inquiétant de l’investigation spécialisée
Depuis 2023, la PJ, historiquement en charge des enquêtes complexes dites de « niveau 3 », a été intégrée aux directions départementales de la sécurité publique. Ce changement majeur, issu du Livre blanc de la sécurité intérieure et initié par Gérald Darmanin, visait une rationalisation des forces de police. Or, selon les sénateurs, cette réorganisation a eu un effet inverse à celui escompté : dilution de l’expertise, perte d’autonomie des enquêteurs, et marginalisation de la filière.
Les auteurs dénoncent notamment un “déploiement à marche forcée”, des organigrammes complexes voire illisibles, et une “préparation insuffisante” du projet. Ils soulignent également un manque criant de concertation avec les acteurs de terrain.
Des conséquences directes sur la lutte contre la criminalité
L’un des constats les plus préoccupants du rapport concerne l’impact de la réforme sur la lutte contre la criminalité organisée. Pour les sénateurs, l’affaiblissement de la PJ pourrait favoriser la montée en puissance des réseaux criminels, dans un contexte où les frontières entre délinquance locale et trafics internationaux sont de plus en plus poreuses.
Les enquêteurs, eux, redoutent de voir leur cœur de métier dilué au profit de tâches moins spécialisées. « Il y a des services de PJ qui se retrouvent à traiter des affaires de niveau 2, voire à faire du maintien de l’ordre dans certains départements », témoignent deux enquêteurs franciliens membres de l’Association nationale de police judiciaire (ANPJ) dans Ouest-France.
Des pratiques de sécurité publique imposées à la PJ
Autre sujet d’inquiétude : la transformation des méthodes de travail. Les enquêteurs dénoncent l’instauration d’une main courante numérique imposant un compte-rendu quotidien de leur activité. Une pratique vécue comme une forme de surveillance, à l’opposé de la culture de confiance et de disponibilité qui caractérisait jusqu’alors la PJ.
« C’est une façon de fliquer les flics », déplorent-ils. Ils citent l’exemple d’une enquête sensible dans l’Essonne – le meurtre de la petite Louise – durant laquelle certains enquêteurs ont enchaîné les heures sans repos légal pour faire avancer l’enquête. « S’ils avaient rempli cette main courante, ils auraient été en totale illégalité », alertent-ils.
Une réforme à revoir ?
Alors que le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a fait de la lutte contre la criminalité organisée une priorité de son plan de sécurité présenté en février 2025, le rapport du Sénat invite à une remise à plat de la réforme de la PJ. Reste à savoir si ce signal d’alarme sera entendu par l’exécutif.
(Merci Yann Bourguignon)
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.






Il faut choisir: soit pour les délinquants, soit pour les FDO.
Ce choix semble difficile pour nous édiles!