Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé le CRS jugé pour blessures involontaires après le jet d’une grenade ayant arraché la main de Gabriel Pontonnier, un manifestant sarthois, lors d’une manifestation des Gilets jaunes en 2018. La justice estime que son geste était « nécessaire et proportionné ».

Le CRS reconnu non coupable dans l’affaire de la grenade GLI-F4
Sept ans après les faits, le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision, ce vendredi 17 octobre 2025.
Le major Jacky D., âgé de 54 ans, était poursuivi pour « blessures involontaires » après avoir lancé une grenade GLI-F4 lors d’un épisode particulièrement tendu du mouvement des Gilets jaunes, sur les Champs-Élysées à Paris.
Cette grenade avait arraché la main de Gabriel Pontonnier, alors âgé de 21 ans et venu de la Sarthe pour manifester.
Selon les informations d’Ici Île de France, les juges ont décidé de relaxer le CRS, estimant que son geste était « nécessaire et proportionné » dans le cadre de ses fonctions de maintien de l’ordre, malgré l’issue dramatique de l’explosion.
Un drame sur fond de confusion et de tension extrĂŞme
L’audience a longuement porté sur les circonstances précises du tir de cette grenade GLI-F4, un engin contenant 25 grammes d’explosif, provoquant une onde de choc, un effet assourdissant et la dispersion de gaz lacrymogène.
Selon les avocats de la victime, le policier aurait agi sans visibilité suffisante, dans un contexte obscur et enfumé.
Ils lui reprochent également l’absence de sommation préalable ou d’annonce radio, pourtant obligatoires pour alerter ses collègues.
Le major Jacky D., de son côté, a défendu son geste :
« J’ai lancé la grenade pour faire reculer les assaillants et mettre fin aux jets de projectiles qui nous visaient. »
Il a précisé ne pas avoir jeté l’engin au milieu des manifestants, mais entre les CRS et la foule.
La défense du CRS entendue, la victime impuissante
L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait conclu dans le même sens que le parquet, estimant que l’usage de la grenade était conforme aux règles d’engagement.
Le parquet de Paris avait d’ailleurs requis un non-lieu, suivi par le tribunal.
La décision est définitive : Gabriel Pontonnier et ses avocats ne peuvent pas faire appel.
Cependant, la partie civile envisage désormais de saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour dénoncer un déni de justice.
« Un permis de mutiler » selon la partie civile
Pour Me Emma Eliakim, avocate du jeune manifestant mutilé, ce jugement envoie un signal inquiétant :
« C’est une décision très décevante. C’est un permis de mutiler qui est donné aux policiers. Cela signifie que, pendant les manifestations, on peut lancer une grenade et blesser gravement sans être sanctionné. »
Elle déplore une forme d’impunité policière qui, selon elle, fragilise le droit de manifester :
« Cette décision risque d’encourager d’autres drames similaires. »
Un verdict qui relance le débat sur le maintien de l’ordre
Depuis 2018, le mouvement des Gilets jaunes a été marqué par plusieurs blessures graves, souvent causées par des grenades de désencerclement ou des lanceurs de balles de défense (LBD).
L’affaire Pontonnier, aujourd’hui classée sur le plan pénal, pourrait donc se poursuivre sur le plan international, devant la CEDH.
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Quand une main est arrachĂ©e par une grenade, c’est parce qu’elle a Ă©tĂ© ramassĂ©e pour ĂŞtre relancĂ©e . C’est malheureux, mais faut pas jouer avec le feu ,c’est la morale de cette histoire.