En Gironde, un couple danois intercepté avec près de 400 kg de cannabis sur l’A10 a été relaxé : le tribunal correctionnel pointe de lourdes lacunes dans l’enquête.

Gironde : 400 kg de cannabis saisis sur l’A10, un couple danois relaxé pour insuffisance de preuves
Une saisie record au péage de Virsac
Début octobre, au péage de Virsac, sur l’autoroute A10 en Gironde, les services de douane interceptent un poids lourd frigorifique conduit par un chauffeur danois, accompagné de son épouse. Lors du contrôle, un chien spécialisé dans la détection de stupéfiants marque nettement l’arrêt devant la remorque.
À l’intérieur, les agents découvrent plusieurs palettes dissimulées derrière des barriques de vin. Les vérifications font apparaître une cargaison constituée d’environ 361 kg de résine de cannabis (pollen) et 38 kg d’herbe, pour une valeur estimée à plus de 7 millions d’euros sur le marché illicite. Les deux occupants du camion sont immédiatement placés en garde à vue, puis mis en examen et écroués. Ils encourent théoriquement jusqu’à dix ans de prison.
Un dossier qualifié de « troué » par La Défense
Quarante-cinq jours plus tard, devant le tribunal correctionnel, le dossier ne présente plus la même solidité. Les avocats de la défense dénoncent une procédure lacunaire, parlant d’enquête « incomplète » menée par l’Office anti-stupéfiants (Ofast), relate Sud-ouest.
Ils soulignent notamment l’absence de clichés détaillant la saisie, l’absence d’analyse toxicologique versée au dossier, la non-production des bons de transport, l’absence de vérification approfondie du tracker retrouvé près de la marchandise, ou encore l’absence d’investigations bancaires. Même le contrat de travail du chauffeur, document clé pour retracer le cadre de la mission, ne figure pas dans la procédure. Pour la défense, ces manquements ne peuvent être mis à la charge des prévenus et fragilisent profondément l’accusation.
Un couple au casier vierge et au profil atypique
Le profil des deux ressortissants danois surprend également la juridiction. Le chauffeur, âgé d’une cinquantaine d’années, exerce comme transporteur depuis de longues années. Selon la défense, il est atteint de plusieurs problèmes de santé (tumeurs, diabète) et aurait perdu une quinzaine de kilos durant sa détention provisoire.
Son épouse, décrite comme souffrant de troubles psychiatriques, notamment de schizophrénie, vit de prestations sociales. Tous deux ont un casier judiciaire vierge. Ils affirment n’avoir jamais eu connaissance de la présence de stupéfiants dans la remorque. Le conducteur explique qu’il effectuait son troisième trajet entre l’Espagne et le Danemark pour une petite société de transport trouvée sur Facebook, dirigée par un certain « Ibrahim », dont il indique ne plus se souvenir du nom de famille. Il dit travailler pour cette entreprise depuis environ six semaines, après une longue période d’arrêt maladie. Sa femme déclare qu’elle l’accompagnait simplement car sa présence la rassure lorsqu’elle entend des voix.
Pour le parquet, une « naïveté trop parfaite »
Le ministère public ne se satisfait pas de cette version. À l’audience, la procureure décrit une « naïveté trop parfaite » et estime que les deux prévenus ne pouvaient ignorer la nature réelle de leur chargement. Elle relève plusieurs éléments troublants : un trajet aux nombreuses incohérences, des modifications dans les documents de transport, trois jours passés à l’hôtel à Malaga, ainsi que la présence étonnante du fameux « Ibrahim » sur place.
Pour l’accusation, ces éléments traduisent au minimum une volonté de ne pas savoir, c’est‑à ‑dire une forme d’aveuglement volontaire. La procureure requiert cinq ans d’emprisonnement avec maintien en détention, assortis d’une interdiction du territoire français.
Le bénéfice du doute l’emporte
Face à ces réquisitions, la défense répète qu’« il n’appartient pas aux prévenus de combler les trous d’une enquête défaillante ». Les carences relevées dans la procédure finissent par peser lourd dans l’appréciation des juges. Au terme d’une audience dense, le tribunal correctionnel estime qu’il n’est pas démontré, avec la certitude requise en matière pénale, que le couple savait transporter des stupéfiants.
Les deux Danois sont donc relaxés, au bénéfice du doute, et remis en liberté après un mois et demi passé en détention provisoire. L’affaire, qui avait commencé par une saisie spectaculaire de 400 kg de cannabis sur l’A10, se conclut provisoirement par une décision marquée par le principe de présomption d’innocence.
Une décision déjà contestée par le parquet
Ce dénouement pourrait toutefois n’être qu’une étape. À l’issue de l’audience, le parquet annonce avoir interjeté appel du jugement. Le dossier sera donc réexaminé par une juridiction supérieure, qui devra à son tour apprécier la solidité des éléments recueillis et la responsabilité éventuelle du couple dans ce trafic présumé.
En attendant, la question demeure entière : cette saisie record de cannabis en Gironde sera‑t‑elle, à terme, confirmée comme un dossier emblématique de lutte contre le narcotrafic, ou restera‑t‑elle comme l’exemple d’une enquête trop incomplète pour emporter la conviction des juges ?
(Merci Yann Bourguignon)
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