Plan “Investigation” : 700 policiers annoncés, IA, refonte de la formation et nouvelles primes. Objectif : désengorger les enquêtes et mieux répondre aux victimes.

Plan “Investigation” : Beauvau déroule 125 mesures pour redonner du souffle aux enquêteurs
Manifestations fin janvier, crise des vocations, procédures jugées trop lourdes : la filière investigation traverse une zone de turbulences. Le ministère de l’Intérieur présente un plan d’ensemble mêlant effectifs, formation, outils numériques et primes, avec l’ambition d’améliorer l’efficacité des enquêtes et la prise en charge des victimes.
Une colère partie du terrain
Le 31 janvier, des policiers ont appelé les citoyens à défiler à leurs côtés dans 23 villes, sur fond de sifflets et de fumigènes. Au-delà des difficultés matérielles évoquées (locaux, véhicules), la question de l’investigation s’est imposée comme un point de rupture.
Les services d’enquête dénoncent un quotidien saturé par l’administratif et une procédure devenue trop complexe. Dans ce contexte, plusieurs millions de procédures resteraient en souffrance chaque année, alimentant un sentiment d’asphyxie et une érosion des vocations.
Un plan présenté aux syndicats
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a présenté un plan de relance à des représentants syndicaux de plusieurs corps (gardiens, gradés, officiers, commissaires). L’objectif affiché est de renforcer la police judiciaire face à la criminalité organisée et d’apporter des réponses plus rapides aux victimes.
Le plan doit notamment s’appuyer sur l’arrivée de 700 personnels supplémentaires dans la filière investigation.
Miser sur la formation et la spécialisation
Le ministère défend l’idée qu’un renfort d’effectifs, à lui seul, ne réglera pas les difficultés sans transformation de la formation. Le document prévoit la création d’une “école de l’enquête”, une spécialisation plus marquée dès la formation initiale et une refonte de la formation continue.
Sont aussi mis en avant des “socles” d’expertise à développer, notamment en cybercriminalité, criminalité financière et accompagnement des victimes. L’enjeu, selon Beauvau, est de suivre l’évolution des méthodes employées par les organisations criminelles.
Numérique et IA : alléger le poids des procédures
Autre axe : accélérer la modernisation des outils. Parmi les pistes citées figurent un suivi automatisé des procédures, une gestion dématérialisée des scellés et des dispositifs d’analyse plus rapide de la vidéo, alors que certains dossiers imposent de visionner des centaines d’heures d’images.
Le plan évoque aussi une expérimentation pour géolocaliser des voitures volées, ainsi qu’un nouveau logiciel de rédaction des procédures. En interne, le sujet des outils de procès-verbaux reste sensible : le LRPPN est décrit comme vieillissant, tandis qu’un projet de remplacement (Scribe, puis XPN) a accumulé les difficultés, au point que certains parquets réclament encore des copies papier.
Primes annoncées, syndicats “satisfaits” mais prudents
Le ministère prévoit une “prime investigation” de 150 euros brut mensuels pour 31 500 agents de la filière, et une prime de “haute technicité” de 125 euros brut pour 1 900 agents. Il est aussi question d’une meilleure reconnaissance des parcours et d’un possible statut de policier “sous contrat” pour attirer des profils très spécialisés.
À la sortie de la réunion, plusieurs syndicats ont salué un signal positif sur l’indemnitaire et le recrutement, tout en réclamant des avancées rapides sur la simplification de la procédure, la gestion du stock de dossiers et l’organisation du travail. Le ministère, lui, présente ce plan comme une étape pour remettre l’investigation “en état de marche” dans un contexte de narcotrafic et de violence liée à des règlements de comptes.
(Merci G.)



En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.




