Six narcotrafiquants spécialisés dans les go fast Espagne-France ont été libérés après qu’un vice de procédure a fait tomber leur procès devant le tribunal de Pontoise.

Six narcotrafiquants libérés : un vice de procédure fait capoter le procès d’un réseau de go fast cannabis
Après deux ans d’enquête et la saisie de 240 kg de cannabis sur l’A86, le procès de huit membres présumés d’un réseau d’importation de drogue entre l’Espagne et le Val-d’Oise a volé en éclats. Une irrégularité procédurale soulevée par la défense a contraint le tribunal correctionnel de Pontoise à renvoyer l’affaire en octobre 2027 et à remettre six prévenus en liberté.
Une erreur juridique aux lourdes conséquences
Le 5 mai 2026, le tribunal correctionnel de Pontoise ouvre l’audience pour juger huit individus soupçonnés d’avoir organisé, à un rythme soutenu, des convois clandestins de cannabis entre la péninsule ibérique et la région parisienne. Dès les premiers débats, un vice de procédure est identifié dans l’ordonnance de renvoi par l’un des avocats de la défense. La présidente du tribunal, dans l’impossibilité de poursuivre valablement les débats, prononce la nullité et reporte l’ensemble de l’affaire au mois d’octobre 2027, relate Le Parisien.
Ce report entraîne une conséquence immédiate et inévitable : la détention provisoire des prévenus incarcérés était légalement encadrée par une date limite fixée au 4 juin 2026. Le tribunal ne pouvant statuer au fond avant cette échéance, il n’avait d’autre choix que d’ordonner la remise en liberté des six détenus, assortie d’un placement sous contrôle judiciaire strict. Un huitième suspect, Hadj T., demeure quant à lui en fuite et fait l’objet d’un mandat d’arrêt.
Une course-poursuite nocturne dans le tunnel de l’A86
L’affaire prend racine en décembre 2023, lorsque l’antenne versaillaise de l’Office antistupéfiants (Ofast) reçoit un renseignement anonyme signalant un réseau actif alimentant plusieurs points de deal en région parisienne depuis l’Espagne. Le réseau opère selon la méthode du go fast : des convois rapides, nocturnes, composés d’un véhicule éclaireur et d’un utilitaire chargé de marchandise, enchaînant les trajets à raison d’environ deux par mois.
Le 22 janvier 2024, peu après 3 heures du matin, les enquêteurs, renforcés par les brigades de recherche et d’intervention (BRI) de Versailles et d’Orléans ainsi que par la brigade de recherche et d’investigation financière (BRIFN), positionnent un dispositif d’interception à la sortie du péage du duplex de l’A86, dans la traversée souterraine de Vaucresson (Yvelines). La tentative d’encagement de la voiture éclaireure — une Renault Clio — échoue. Le véhicule porteur, un Expert Traveller lourdement chargé, parvient à se faufiler et prend la tête du convoi.
Percutages, blessés et saisie de 130 kg
Quelques centaines de mètres plus loin, un barrage en travers de la chaussée attend les deux véhicules. L’utilitaire n’obtempère pas : il accélère, percute un 4×4 de police et force le passage en longeant la paroi du tunnel. La Clio heurte à son tour le même véhicule pour s’extraire du dispositif. Deux policiers sont blessés dans la collision.
Poursuivi, le fourgon fait une embardée et encastre un second utilitaire de police contre le mur du tunnel. Les équipes de la BRI parviennent finalement à l’immobiliser avant la sortie. À bord : plus de 130 kg de cannabis, entre résine et herbe. La Clio éclaireure, elle, prend la fuite.
Un réseau structuré, démantelé en deux temps
L’enquête, confiée à un juge d’instruction sur commission rogatoire, permet d’identifier plusieurs véhicules banalisés et reconstitue l’historique des trajets effectués par le réseau. Le 5 avril 2024, un second convoi est intercepté à Deuil-la-Barre (Val-d’Oise) à son retour d’Espagne : environ 110 kg d’herbe de cannabis y sont saisis.
Quatre individus sont interpellés : les deux chauffeurs, Marwan J. et Pascal B., un manutentionnaire surnommé « cariste », Ali H., ainsi que l’un des deux coordinateurs logistiques présumés, Djafer T. Son associé, Nicolas C., est arrêté le même jour à son domicile de Montmorency. Ensemble, ils auraient supervisé l’intégralité de la chaîne opérationnelle : mise à disposition de véhicules volés, recrutement des convoyeurs, sélection et sécurisation des points de déchargement.
Des traces ADN relevées sur des sachets dans le premier véhicule saisi ont permis d’identifier deux autres protagonistes. Omar I. a été interpellé en juin 2025 à l’aéroport d’Orly, à sa descente d’un vol en provenance de Marrakech. Le second individu identifié, Hadj T., demeure en fuite. L’ensemble du dossier sera soumis au jugement du tribunal de Pontoise en octobre 2027.
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