Quatre policiers d’une BAC parisienne condamnés à des peines allant jusqu’à un an de sursis pour avoir frappé des passants le soir de la demi-finale du Mondial 2022.

Violences lors de la Coupe du monde 2022 : quatre policiers d’une BAC parisienne condamnés
Filmés à leur insu un soir de liesse populaire près des Champs-Élysées, quatre fonctionnaires de la Brigade anti-criminalité du VIIIe arrondissement de Paris ont été reconnus coupables de violences sur des passants. Le tribunal correctionnel de Paris les a condamnés lundi à des peines allant de trois à douze mois d’emprisonnement avec sursis.
Une nuit de Mondial qui tourne mal
Le 10 décembre 2022, la France et le Maroc viennent de se qualifier pour les demi-finales de la Coupe du monde au Qatar. Aux alentours de minuit, l’atmosphère est festive aux abords des Champs-Élysées. Casqués et brassards au bras, quatre policiers de la BAC nuit du VIIIe arrondissement sont positionnés angle Marignan-François-Ier, armés notamment d’un lanceur de balles de défense, relate Le Parisien.
Ce soir-là, selon les éléments retenus par le tribunal, aucun débordement notable ne justifiait d’intervention musclée. Les quatre fonctionnaires venaient pourtant tout juste de prendre leur service.
Des actes filmés, découverts par hasard
Les faits seraient restés ignorés si l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), enquêtant sur une tout autre affaire, n’était pas tombée par hasard sur plusieurs vidéos de la scène. Ces images, projetées lors de l’audience à la 10e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, montrent des scènes particulièrement saisissantes.
On y voit un homme arraché sans ménagement du toit d’un véhicule avant d’être frappé. Des policiers assènent des coups dans le dos d’un jeune homme qui traverse la chaussée, font un croche-pied à un autre passant, et aspergent de gaz lacrymogène un homme au sol, prostré, qui tentait d’interpeller d’autres agents dans leur véhicule gyrophare allumé. Cet homme, prénommé Karim (prénom modifié), souffre de bipolarité. Après les faits, il avait tenté de déposer plainte — au commissariat du VIIIe arrondissement, puis dans la région lyonnaise dont il est originaire — sans succès. C’est l’IGPN qui l’a finalement retrouvé. Absent à l’audience, il souffre depuis de peur à la vue des policiers, selon son avocat.
« Un usage totalement inconsidéré de la force »
Face aux images diffusées, les prévenus ont eu du mal à se défendre. Maxence C., condamné à la peine la plus lourde — douze mois avec sursis — pour avoir porté le plus grand nombre de coups, a lui-même reconnu devant la juge : « J’ai fait un usage totalement inconsidéré de la force. » Il a également admis « renvoyer une très mauvaise image de la police ». Il avait pourtant minimisé les faits lors de son audition par l’IGPN, par crainte, a-t-il dit, de perdre son emploi.
Le brigadier-chef Grégory V., fort de plus de vingt ans de carrière, qui avait fait un croche-pied à un passant, a évoqué une « réaction à un quolibet » dont il ne se souvenait plus précisément. La juge rapporteure lui a répondu sans détour : « Est-ce que c’est un comportement de gardien de la paix ou de milice privée ? C’est vous, en fait, qui cherchez les débordements. »
Seul Vincent P. avait, dès les premiers interrogatoires à l’IGPN, reconnu sa responsabilité et exprimé sa honte. Son avocat, Me Laurent-Franck Liénard, a rappelé que ce policier avait notamment permis de déjouer un attentat fin mars rue de La Boétie, devant les locaux d’une banque américaine. Il souhaite aujourd’hui quitter la voie publique pour le renseignement.
Des réquisitions sévères, un jugement plus clément
La procureure Quitterie Cesari avait requis jusqu’à seize mois de prison avec sursis assortis d’un retrait de port d’arme de cinq ans pour le policier le plus impliqué. Elle avait dénoncé des violences « gratuites et inutiles », portant atteinte « au lien de confiance nécessaire entre la population et les forces de l’ordre », soulignant que les victimes n’avaient pas à « servir de défouloir » à des fonctionnaires en proie à l’agacement.
Le tribunal a finalement prononcé des peines de trois, six, dix et douze mois de prison avec sursis — sans retrait du droit de port d’arme. Me Liénard, qui défendait trois des quatre prévenus, avait qualifié les réquisitions de « particulièrement hautes et sévères », rappelant qu’une procédure disciplinaire interne suivrait inévitablement. Trois des quatre policiers exercent toujours au sein de la même brigade.
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