La LDH et la CGT Spectacle assignent Canal+ en justice pour discrimination, après les menaces de Maxime Saada envers les signataires d’une tribune anti-Bolloré.

Canal+ assigné en justice pour discrimination : la riposte judiciaire après les menaces contre les signataires de la tribune anti-Bolloré
Au Festival de Cannes 2026, la polémique autour de l’influence de Vincent Bolloré sur le cinéma français a franchi un nouveau cap. La Ligue des droits de l’Homme et la CGT Spectacle ont officiellement saisi la justice contre Canal+, accusant son directeur général de discrimination envers des milliers de professionnels du secteur.
Une assignation déposée devant le tribunal de Nanterre
C’est par voie de communiqué, ce samedi 23 mai 2026, que la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la CGT Spectacle ont confirmé avoir assigné la chaîne cryptée devant le tribunal judiciaire de Nanterre, relate RTL. Les deux organisations dénoncent le comportement de Maxime Saada, président du directoire de Canal+, et réclament qu’il soit ordonné à la chaîne de s’abstenir de toute mesure d’exclusion ou de refus de collaboration à l’encontre des signataires d’une tribune publiée en marge du Festival de Cannes.
À l’origine de ce bras de fer : des déclarations faites dimanche 17 mai par Maxime Saada, qui avait publiquement affirmé ne plus souhaiter travailler avec les personnalités ayant cosigné ce texte collectif. La tribune en question dénonçait l’influence présumée de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Vivendi, sur l’industrie cinématographique française. “Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste”, avait-il déclaré, visiblement irrité par le contenu du texte.
Un “climat dissuasif” pour la liberté d’expression
Dans leur assignation, la LDH et la CGT Spectacle estiment que les propos du dirigeant de Canal+ ne constituent pas une simple réaction personnelle, mais un acte susceptible d’entraver la liberté d’expression dans le milieu culturel. En “stigmatisant publiquement” des signataires ayant participé à un débat d’intérêt général, Maxime Saada aurait, selon les plaignants, instauré un climat propre à dissuader toute prise de parole critique dans le secteur.
L’avocat des deux organisations, Maître Arié Alimi, a jugé que les mondes de la culture et du savoir devaient désormais “se coaliser” face à ce qu’il qualifie d’“œuvre réactionnaire” du groupe Bolloré. De son côté, Canal+ n’a pas souhaité réagir aux sollicitations des médias.
Plus de 3 800 signataires et des noms internationaux
Lancée initialement avec 600 signatures, la tribune rassemble désormais plus de 3 800 soutiens sur Instagram, parmi lesquels figurent des personnalités du cinéma international : l’acteur espagnol Javier Bardem, le réalisateur britannique Ken Loach et l’acteur américain Mark Ruffalo ont notamment apporté leur caution au texte.
Dans le milieu culturel français, la comparaison avec le maccarthysme — cette période de répression idéologique aux États-Unis dans les années 1950 — a été évoquée par plusieurs professionnels, dont l’actrice Anna Mouglalis, qui a dénoncé l’existence d’une véritable “liste noire” visant les signataires.
L’académicien Erik Orsenna, invité de RTL ce samedi, a lui adopté une posture plus nuancée, estimant que le terme “fasciste” employé dans la tribune était “peut-être en trop” et qu’il “suffisait de dire la prise de contrôle et pas la qualifier”, tout en reconnaissant la réalité de la question soulevée.
Canal+ : un acteur incontournable du financement du cinéma français
Au-delà du volet judiciaire, cette affaire met en lumière la position dominante de Canal+ dans l’économie du cinéma hexagonal. Le groupe intervient à toutes les étapes de vie d’un film, du préfinancement à la diffusion. Pour 2026, il s’est engagé à investir 160 millions d’euros dans la production française, contre 150 millions en 2025, et prévoit 170 millions pour 2027.
Le groupe a également acquis, en septembre 2025, 34% du capital d’UGC, la chaîne de cinémas, avec l’ambition de contrôler l’ensemble du réseau de salles d’ici 2028. Une concentration verticale qui alimente les inquiétudes de nombreux professionnels quant à l’indépendance éditoriale du secteur.
Des appels à l’apaisement de toutes parts
Face à l’escalade des tensions, plusieurs institutions ont appelé au dialogue. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a regretté les déclarations du patron de Canal+ et exprimé le souhait que “la raison et le dialogue puissent l’emporter sur les menaces”. Le président de l’Arcom, Martin Ajdari, a également invité les différents acteurs à “se parler” et à “redescendre un peu” après la vivacité des échanges.
La Société des réalisateurs et réalisatrices de films (SRF), qui fédère quelque 500 cinéastes, a pour sa part proposé une médiation entre les signataires de la tribune et les équipes cinéma de Canal+. La procédure judiciaire lancée ce samedi pourrait toutefois compliquer l’émergence d’un tel accord à court terme.
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