Licencié en 2022 pour arrêts sauvages, le chauffeur Damien Tabard vient d’être débouté aux Prud’hommes. Retour sur une affaire qui divise entre règle et humanité.

Débouté aux Prud’hommes, le chauffeur de car scolaire qui déposait les enfants devant chez eux en Haute-Vienne ne fera pas appel
Licencié en 2022 pour avoir effectué des arrêts non homologués afin de rapprocher des élèves de leur domicile, Damien Tabard a vu sa contestation rejetée par le conseil des Prud’hommes le 20 mai 2026. Une décision qu’il accepte, sans pour autant la trouver juste.
Un geste de bon sens qui lui a coûté son emploi
En novembre 2022, Damien Tabard, 70 ans et dix-sept ans de métier derrière le volant d’un car scolaire, est licencié par sa société de transport en Haute-Vienne. Le motif retenu : des arrêts dits “sauvages”, c’est-à-dire effectués en dehors des points de desserte officiels validés par l’administration, relate France Info.
À l’origine de l’affaire, la demande d’une mère souhaitant qu’un arrêt soit créé à proximité du domicile de sa fille collégienne, avant la rentrée scolaire. Si la suppression d’un arrêt désaffecté peut être actée rapidement, la création d’un nouveau point de passage suit une procédure administrative qui peut s’étendre sur plusieurs mois.
Plutôt que de laisser l’adolescente marcher plusieurs centaines de mètres de nuit, seule, le long d’une route départementale, Damien Tabard décide de la déposer au plus près de son domicile. Il en informe immédiatement son employeur, qui refuse d’accélérer les démarches pour régulariser la situation — alors même qu’un arrêt existait à cet endroit quelques années auparavant.
L’insubordination relevée par le GPS, le licenciement confirmé
Les écarts de trajectoire du car apparaissent sur les relevés GPS communiqués à l’employeur. Mis en demeure de cesser ces arrêts non réglementaires, Damien Tabard maintient sa position. Il est licencié pour insubordination. L’affaire prend rapidement une dimension nationale, relayée par plusieurs médias.
En janvier 2025, une audience se tient devant le conseil des Prud’hommes. Une vingtaine de parents d’élèves font le déplacement pour témoigner leur soutien au chauffeur devant le tribunal.
La décision du 20 mai 2026 : faute grave confirmée
Le 20 mai 2026, la décision — ajournée l’année précédente — tombe. Le conseil des Prud’hommes confirme le licenciement pour faute grave, estimant que les arrêts effectués hors circuit homologué caractérisent bien un comportement d’insubordination. Damien Tabard est en outre condamné à verser 500 euros à son ancien employeur au titre des frais de procédure, montant réduit en raison de la modestie de ses revenus.
“Ce n’est pas une surprise. Les juges ont fait leur travail. Ils ont privilégié l’insubordination et donné raison à l’entreprise”, réagit sobrement le chauffeur, qui indique ne pas souhaiter former appel.
Une avocate fière malgré la défaite
Son conseil, Maître Lise-Nadine Moreau, ne cache pas sa déception, tout en revendiquant le sens de ce combat. “Mon client et moi-même sommes très déçus par cette décision. Pour ma part, je suis fière d’avoir accompagné Monsieur Tabard dans cette procédure, car il nous semblait qu’il avait fait preuve de simple humanité.”
L’avocate souligne par ailleurs une ironie de la situation : les arrêts reprochés à son client ont finalement été officialisés, aussi bien par l’employeur dès son départ que par la région Nouvelle-Aquitaine. “C’était sa volonté, fut-ce au prix de la perte de son emploi”, conclut-elle.
Une retraite modeste pour un chauffeur au bout du chemin
Aujourd’hui âgé de 74 ans, Damien Tabard a tourné la page du transport scolaire. Il vit d’une petite retraite et maintient une activité agricole. Son affaire, elle, restera comme un cas d’école sur la tension entre obligation d’obéissance et impératif moral dans l’exercice d’un métier au contact des enfants.
(Merci Rudy van Cappellen)
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