Après quatre fusillades mortelles en un mois, la police municipale de Nantes se met en grève et réclame le port d’une arme. Johanna Rolland résiste.

Nantes : une vague de fusillades pousse la police municipale à la grève pour exiger l’armement
Quatre homicides par balles en cinq semaines dans la métropole ligérienne ont mis le feu aux poudres. Les agents de la police municipale de Nantes, déjà fragilisés par une montée en puissance du narcotrafic, ont décidé de cesser le travail pour réclamer une mesure qu’ils jugent désormais vitale : le port d’une arme à feu.
Un mouvement social né d’une accumulation de drames
Entre le 28 avril et le 4 juin 2026, Nantes a connu quatre fusillades mortelles. Une série noire qui a épuisé la patience des fonctionnaires de la police municipale. À l’appel du syndicat Force ouvrière (FO), un débrayage et un rassemblement sont programmés le vendredi 12 juin, de 15 h à 17 h. Sur les tracts distribués par le syndicat majoritaire, le message est sans équivoque : « Une victime de plus, les tirs de trop. »
La déléguée syndicale FO, Céline Pérémarty, ne mâche pas ses mots : « Il faut arrêter de s’inventer des excuses. Aujourd’hui, nous sommes sur le terrain. Les risques que nous encourons sont de plus en plus importants. » Elle avait déjà déposé un préavis de grève illimité à l’été 2025. Cette fois, le contexte a changé de dimension.
Un équipement jugé insuffisant face aux nouvelles menaces
Actuellement, les policiers municipaux nantais disposent d’un gilet pare-balles, d’un casque, d’un bouclier, d’un pistolet à impulsion électrique, d’un bâton télescopique et d’un aérosol lacrymogène. Un équipement que les agents estiment largement dépassé au regard de la réalité du terrain.
Ce qu’ils réclament, c’est une arme de poing, avec la formation spécifique qui l’accompagne. « Doter un policier municipal d’une arme de poing, c’est lui permettre de protéger des vies — dont la sienne », résume FO dans son prospectus. Le syndicat Unsa a également rejoint le mouvement, selon des informations locales.
« Une épée de Damoclès au-dessus de la tête »
Les agents décrivent un sentiment d’insécurité permanent, y compris lors d’interventions a priori anodines. « On pourrait se retrouver à effectuer un simple contrôle routier et tomber sur un individu armé », illustre Céline Pérémarty. « Toutes ces situations qui semblent banales peuvent mal tourner. On peut croiser les mauvaises personnes au mauvais moment. »
La géographie du narcotrafic nantais complique encore la donne. Autrefois concentrés sur des secteurs identifiés comme Bottière, Port-Boyer ou la Halvêque, les points de deal se multiplient désormais dans des quartiers moins traditionnellement exposés : les Dervallières, Nantes Nord, Bellevue. « Le problème, c’est que le narcotrafic est présent à des endroits de plus en plus nombreux, et de moins en moins cartographiés », constate la déléguée syndicale. Face à cela, la direction a même interdit à certains agents d’intervenir dans des zones à risque, ce qui leur donne, selon leurs propres termes, le sentiment « d’abandonner la population ».
Johanna Rolland opposée à l’armement, mais sous pression
La maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, alliée aux Écologistes, n’a jusqu’ici pas donné suite à cette demande. Invitée sur Public Sénat début juin, l’élue a choisi de recadrer le débat : « Le sujet d’aujourd’hui, c’est comment on démantèle les réseaux. » Elle appelle à une « mobilisation totale de l’État » contre le narcotrafic plutôt qu’à l’armement de sa police municipale.
La mairie a néanmoins indiqué que les représentants syndicaux seraient reçus « dans les prochains jours », confirmant la tenue du dialogue social. Mais pour les agents, les mots ne suffisent plus.
Saint-Nazaire, un précédent qui interpelle
À une cinquantaine de kilomètres de Nantes, la commune de Saint-Nazaire vient de faire volte-face sur ce même sujet. Longtemps « défavorable » à l’armement de sa police municipale, la municipalité dirigée par le socialiste David Samzun a finalement tranché en faveur du port d’arme, invoquant une « augmentation de la violence » et la nécessité de mieux protéger agents et habitants.
Ce précédent, dans le même département de Loire-Atlantique, renforce la pression sur l’équipe municipale nantaise et illustre une tendance nationale : face à l’escalade des violences liées au trafic de stupéfiants, de plus en plus de villes revoient leur position sur l’armement de leurs forces de l’ordre municipales.
(Merci Laurent B.)
En savoir plus sur Police & Réalités
Subscribe to get the latest posts sent to your email.





